Seul l’Esprit peut révéler Jésus Christ vivant

 P. Raniero Cantalamessa .

La Croix : Votre dernier ouvrage est une méditation sur le chant du Veni Creator. Pourquoi avoir choisi d’écrire sur cette hymne à l’Esprit Saint ?

P. Raniero Cantalamessa : Depuis sa composition au IXe siècle, le Veni Creator est chanté pour ouvrir chaque conclave et concile œcuménique, chaque synode et réunion importante de la vie de l’Église, chaque ordination sacerdotale et épiscopale…

Seule hymne ancienne en latin que toutes les grandes Églises nées de la Réforme ont conservée, c’est un texte éminemment œcuménique. Toutefois, mon livre ne porte pas seulement sur le Veni Creator, mais sur l’Esprit Saint et sur l’expérience que l’Église a faite de lui au cours des siècles.

Seul l’Esprit Saint peut révéler Jésus-Christ vivant, comme il l’a fait dans le monde grec il y a deux mille ans. L’Église est porteuse de l’Esprit Saint ! Il s’agit également de l’expérience actuelle de l’Esprit, à travers le Renouveau charismatique qui a été défini comme « le plus grand mouvement de réveil de l’Esprit de la chrétienté ».

Vous avez souvent raconté votre rencontre avec le Renouveau, en 1977. Qu’est-ce que cela a changé dans votre vie ?

Je peux dire qu’avant le Renouveau, je savais des choses sur Jésus-Christ, mais je ne Le connaissais pas.

Une formation en Église pourrait-elle aider à mieux « connaître Jésus-Christ » ?

Ce printemps, alors que je prêchais devant 500 directeurs des Caritas (dont une trentaine d’évêques) d’Amérique du Nord et du Sud, et plus de 500 séminaristes du diocèse de Guadalajara (Mexique), j’ai essayé doucement de les amener à une expérience personnelle de la Pentecôte.

À la fin, ce sont eux qui m’ont demandé de prier pour qu’ils reçoivent une effusion de l’Esprit Saint. C’est donc possible… et je le fais lors de chaque prédication. D’ailleurs, je connais des monastères qui, après avoir accueilli cette grâce du Renouveau, ont vu un bel essor et continuent de vivre pleinement leur vocation contemplative.

Quarante ans après, où en est le Renouveau charismatique catholique ?

En Amérique latine et en Europe de l’Est, le Renouveau est encore assez vivant, rassemblant des jeunes enthousiastes sur lesquels les évêques peuvent s’appuyer. En Afrique, l’Église compte sur le Renouveau pour retenir les fidèles tentés d’aller vers des groupes évangéliques.

Certes, en France ou en Italie, les fidèles engagés dans le Renouveau sont souvent vieillissants, mais ils témoignent généralement de l’action sanctifiante de l’Esprit dans leur vie. Il ne faudrait donc pas conclure trop vite au déclin du Renouveau, car celui-ci continue de pousser au témoignage. D’ailleurs, bon nombre de diacres et de laïcs engagés sont, à un moment ou à un autre, passés par des groupes charismatiques.

Comment choisissez-vous les thèmes de vos prédications d’Avent et de Carême à la Curie ?

Ils s’imposent à moi dans la prière, en me mettant à l’écoute de l’Esprit et des signes des temps. Quelles grâces et tribulations l’Église est-elle en train de vivre ? Quelle compréhension pouvons-nous en avoir avec la Parole de Dieu ?

Il y a deux ans, j’étais parti des scandales de pédophilie dans le clergé, invitant la Curie à proclamer un jeûne de pénitence en signe de repentance et de solidarité avec les victimes des abus. L’idée a été bien acceptée, et peut-être n’est-elle pas étrangère aux discours que Benoît XVI a prononcés lors de son voyage aux États-Unis au printemps dernier.

Pour le Carême 2008, Année Saint-Paul oblige, je suis parti de la manière dont l’Apôtre pourrait annoncer le Christ au monde. En fait, depuis vingt-neuf ans, je ne cesse de prêcher sur le mystère inépuisable de la Croix et de la Résurrection : la Croix illumine tout.

L’entourage du pape demande-t-il à lire vos propos ?

Non, je bénéficie d’une confiance énorme et on ne m’a jamais demandé mes textes à l’avance, sauf lorsque j’ai dû prendre la parole sur une question brûlante, en présence du corps diplomatique. Au début du Carême, je présente le thème général sur lequel j’envisage de prêcher, mais j’ai ensuite toute liberté.

Ces prédications de Carême durent tous les vendredis de 9 heures à 9 h 30, dans la chapelle Redemptoris Mater du Palais apostolique. Benoît XVI, comme il le faisait déjà quand il était le cardinal Ratzinger, est toujours présent. Le Vendredi saint, dans le cadre de la liturgie de la Passion, je prêche dans la basilique Saint-Pierre : c’est l’unique fois de l’année où le pape préside la liturgie sans prononcer lui-même l’homélie.

Pendant la Semaine sainte 2007, vous aviez créé la surprise en parlant du rôle des femmes dans l’Église et en souhaitant que « s’ouvre enfin pour l’humanité une ère de la femme »…

Je voulais encourager les femmes à prendre plus de place dans l’Église du XXIe siècle. À force d’être dominée par la technique, l’efficacité et l’argent, notre société a besoin de réapprendre la raison du cœur. Or, les femmes, gardiennes de la vie, ont le sens de la compassion.

Certes, il n’est pas possible d’évoquer leur ordination sacerdotale, mais à côté de cette question, bien plus de place pourrait leur être faite dans le gouvernement de l’Église. Il n’est pas supportable, par exemple, que le niveau hiérarchique le plus élevé auquel puisse accéder une femme actuellement au sein de la Curie soit celui de sous-secrétaire d’un dicastère.

Lors de votre prédication du Vendredi saint cette année, vous avez souhaité relancer l’effort en vue de l’Unité des chrétiens.

Ayant été membre pendant treize ans d’une délégation catholique de dialogue avec les pentecôtistes, j’ai noué des relations fortes avec divers chrétiens. Ainsi, Nicky Gumble m’a souvent invité à Holy Trinity Brompton (NDLR : c’est dans cette paroisse anglicane de Londres que sont nés les Cours Alpha, au début des années 1990). Une fois, j’ai même pu leur donner un enseignement sur la Sainte Vierge qui a été très bien accueilli. Par mon intermédiaire, Nicky a pu rencontrer Jean-Paul II.

« L’Esprit Saint, écrivez-vous, est à l’œuvre pour restaurer des relations blessées, notamment pour aider à l’Unité des chrétiens divisés. » Comment ?

L’œcuménisme théologique doit s’accompagner d’un œcuménisme spirituel, sinon il n’avance pas, voire il bloque et recule. Nous en avons souvent parlé avec le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens : il a lui aussi le désir de promouvoir cet œcuménisme spirituel qui, plus qu’une méthode, est une attitude permettant de travailler ensemble dans un climat tel que tout devient plus facile.

J’ai eu le privilège, il y a quelques années, de donner des cours dans un séminaire du Kentucky, devant des pasteurs méthodistes, épiscopaliens ou presbytériens, ainsi que devant l’évêque catholique du lieu. Il y avait un tel climat d’amitié et d’unité que le responsable du centre avait lui-même qualifié cette rencontre d’« événement eschatologique ».

De même, l’Église luthérienne du Danemark m’a invité à donner un enseignement sur la Lettre de Paul aux Romains. Et en mai dernier, je suis retourné en Suède, où j’avais déjà prêché une retraite à 70 pasteurs luthériens, pour donner des méditations devant 2 000 fidèles de cette Église…

Tout cela a été rendu possible parce qu’un esprit d’amitié s’était instauré entre nous. Si nous voulons réévangéliser l’Europe, le monde, il nous faut tendre de toutes nos forces vers l’unité : tant que les chrétiens apparaîtront divisés, il sera difficile de croire en leur témoignage.

Votre appel rejoint celui de Jean XXIII espérant une « nouvelle Pentecôte sur l’Église ». Comment vivre cela ?

En Europe, les gens se détachent de l’Église et donc de Dieu ; les séminaires ferment les uns après les autres ; les paroisses se vident et meurent ; or, les évêques et les prêtres continuent de se crisper et de se méfier des nouvelles formes d’évangélisation.

Pourtant, des millions de laïcs qui ont été renouvelés par l’Esprit – entre autres par le biais du Renouveau charismatique – prient, fréquentent la Bible, témoignent autour d’eux et œuvrent avec zèle pour le Royaume de Dieu… C’est par eux que pourra se vivre une nouvelle Pentecôte.
Propos recueillis par Claire LESEGRETAIN
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