Marie et le Renouveau



MARIE ET LE RENOUVEAU

  Ce dossier sur Marie, réalisé par Georgette Blaquière permet de comprendre la juste place de MARIE dans nos assemblées de prières.


"En réalité, nous ne « prions » pas Marie, nous lui demandons de « prier pour nous », (« … pécheurs, maintenant et à l’heure de la mort »).

C’est tout différent ".

Marie dans l’assemblée de prière


I - Marie au cénacle

- La présence de Marie au Cénacle est attestée : Ac 1,14

- Au cœur de la communauté des disciples (120 personnes), ni au dessus ni en face, mais « avec » : « avec quelques femmes parmi lesquelles Marie, mère de Jésus ».

- Partageant l’expérience qu’ils sont en train de vivre : « Tous d’un même cœur persévéraient dans la prière »…

- Rassemblés en tant que témoins oculaires de la Résurrection : cf. le discours de Pierre le matin de Pentecôte : « Dieu l’a ressuscité ce Jésus, nous en sommes témoins » (Ac 2, 32).

Ainsi dans les cénacles que sont nos assemblées de prière, Marie est présente, d’une présence discrète, mais réelle. Elle est « avec » nous, notre « sœur Marie ». Elle n’est pas au centre de la prière. Elle nous montre sans cesse Jésus, comme dans les icônes « hodigitria ».

Elle s’associe à notre louange et à notre supplication ; elle est, selon l’expression de Mgr Antoine Bloom, patriarche orthodoxe, « pleinement solidaire des hommes devant Dieu, pleinement solidaire de Dieu devant les hommes », comme à Cana.

Marie est là, comme les apôtres, à la fois en tant que personne (« Marie ») et au titre de sa mission de « Mère de Jésus » : de l’Annonciation à la purification (Lc 1, 27 ; 2, 34), Marie est appelée par son nom. Puis elle s’efface derrière sa mission, elle n’est plus que la Mère de « Jésus ». Au Cénacle, elle retrouve la plénitude de son identité : « Marie, la Mère de Jésus ».

Marie n’est ni une déesse, ni une statue. Elle n’est pas non plus une entité abstraite, ni la mère porteuse de Jésus qui disparaît une fois son rôle rempli. Elle est une femme vivante, « fille d’Adam comme nous, notre sœur par le lien de la nature » (Paul VI).

Il y a parfois des exagérations de langage ou des approximations doctrinales auxquelles il nous faut veiller, en particulier dans certains chants qui célèbrent Marie. Donnons à Marie sa place, rien que sa place, toute sa place.

Soyons particulièrement attentifs, et plus encore dans les groupes œcuméniques, à respecter les sensibilités sur ces points – ce qui ne signifie pas forcément la nécessité d’éliminer toute référence à Marie… Mais ne pas confondre ce qui relève de la foi et ce qui relève de la piété.

Suivre le grand principe théologique : « Dans les choses nécessaires, l’unité ; dans les choses incertaines la liberté ; en toutes la charité ».

II - Quelques témoignages pour nourrir notre réflexion…

- « J’ai été choqué, lors d’un week-end, par l’aménagement de la chapelle : une grande icône de Marie et en dessous une petite icône de Jésus ».

- « Il faut prier Marie avant l’assemblée pour qu’elle inspire notre prière ».

- « Nous disons systématiquement une dizaine de chapelet… ».

- « Une sœur profitait des assemblées pour distribuer des réclames de voyages à …. (lieu d’apparition non reconnu). Nous lui avons demandé de cesser. Cela a mis la zizanie, les pour et les contre, et finalement ça a fait éclater le groupe…. ».

- « Nous prions Marie à la fin de la prière pour lui demander de nous aider à mettre en pratique la Parole de Dieu que nous avons reçue… »

- « A cause des frères protestants, nous ne prions jamais Marie, mais je m’aperçois que, petit à petit, elle sort de ma prière personnelle et de ma vie. Je m’interroge ».

- « Si l’œcuménisme, c’est de mettre en commun nos richesses dans nos différences, je ne vois pas pourquoi je garderais un silence systématique sur Marie avec mes frères protestants. A condition de ne pas en remettre et de m’appuyer sur l’Écriture, je m’aperçois qu’ils sont beaucoup plus ouverts que certains catholiques, et nos partages nous enrichissent beaucoup. Ils m’ont fait découvrir certains aspects du rôle de Marie que je n’avais pas perçus… ».

- « Dieu m’intimide, mais pas Marie. Je préfère passer par elle »

Comment réagissons-nous devant ces diverses situations ?

Georgette Blaquière

 

Marie et la Parole de Dieu


I – Accueillir la Parole

A l’Annonciation, Marie est troublée par la parole de l’Ange, « en se demandant ce que signifiait cette salutation » (Lc 1, 29). Mais elle ne ferme pas sa porte.

Elle nous apprend à accueillir la Parole dans le silence du cœur même si elle nous trouble. Nous avons tendance, quand nous sommes déconcertés, à nous dérober à la Parole en discutant tout de suite ou en « noyant le poisson » par de pieuses considérations, ou même en la rejetant quand elle nous dérange. Nous avons sans cesse à veiller à ce que la Parole soit accueillie avec respect.

II – Chercher à comprendre

Marie cherche à comprendre : elle pose des questions : « Comment cela se fera-t-il ? » Elle cherche à comprendre la fugue de Jésus à Jérusalem, en « roulant » les événements dans son cœur.

Est-ce que nous mettons notre intelligence au service de notre foi ?

Trop souvent, dans le Renouveau comme ailleurs, il est de bon ton de proclamer sa méfiance à l’égard de la réflexion « intellectuelle ». Nous lui opposons le « concret », ou bien « ce qui me touche ». Les bergers et les enseignants ont à veiller sur ce point. Il ne faut pas confondre « intellectuel » et « abstrait », « émotion » et « vérité objective » qui n’est pas forcément glacée…

III – Marie s’incline devant le mystère

« Marie conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur » (Lc 2, 19). « Sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur » (Lc 2, 51).

Le texte grec dit, dans les deux références, non pas « ces choses » mais « ces paroles ». Elle accepte de ne pas tout comprendre tout de suite : elle ne cherche pas à tout expliquer, elle ne force pas le mystère, elle le respecte et attend que le sens en soit révélé.

Nous avons à apprendre à adorer Dieu aussi avec notre intelligence : quand nous avons fait ce que nous pouvions pour comprendre, se soumettre au mystère, accepter que Dieu soit plus grand que nous et que nous ne puissions, par nos propres forces, mettre la main sur la plénitude de la vérité (comme Ève qui a voulu prendre elle-même le fruit de l’arbre de la connaissance), accepter d’être dépassé…, c’est aussi une façon de reconnaître que Dieu est Dieu et de l’adorer.

Nous avons sans cesse la tentation de réduire les mystères à contempler en problèmes à résoudre. La pratique de la prière de louange dans nos assemblées est essentielle comme initiation à une adoration qui engage tout notre être.

IV – Dieu parle de maintes manières

Marie accueille les événements comme Parole de Dieu : l’adoration des bergers, la fugue de Jésus.

La fréquentation de la Parole de Dieu et le partage dans l’assemblée de prière nous apprennent petit à petit à porter sur des événements un regard contemplatif, à les déchiffrer comme parole de Dieu.

Formation au discernement, apprentissage de la relecture, sont essentiels. A seule condition de ne pas étouffer la spontanéité, dans l’exercice des charismes en particulier, et à ne pas enfermer nos frères dans la recherche d’un perfectionnisme stérilisant.

V – Garder mémoire en son cœur

Marie garde mémoire en son cœur : l’éducation à la mémoire du cœur est essentielle. Dieu se plaint tout au long de la Bible que son peuple est oublieux et Saint Jacques nous rappelle avec véhémence de ne pas être des « auditeurs oublieux » de la Parole (Jc 1, 25). Et Jésus proclamera « bienheureux » ceux et celles non seulement qui écoutent la Parole mais qui la gardent.

« Ruminer » la Parole, se souvenir des merveilles de Dieu « en son cœur » c’est-à-dire plus loin que la sensibilité, au plus profond de son être, pas seulement dans sa tête (ou dans des notes ou un cahier…) faire mémoire de notre histoire sainte personnelle et de celle de notre groupe de prière est indispensable pour ne pas tourner en rond et laisser la liberté à l’Esprit Saint.

Beaucoup de groupes souffrent « d’anémie spirituelle » pour avoir mis aux oubliettes la Parole reçue. Nous avons à y veiller.

VI – Donner chair à la Parole

Marie accueille en tout son être le Verbe de Dieu et lui donne chair « et Il a habité parmi nous ».

Nous ne sommes pas les disciples d’une doctrine abstraite, encore moins d’une idéologie. Nous n’avons à prêcher ni une sagesse, ni une philosophie, ni une morale, mais à témoigner de Celui que nous avons rencontré et de l’amour qui nous a saisis.

Les enseignants dans le Renouveau n’ont pas forcément à être des docteurs en théologie. L’essentiel, c’est qu’ils soient des « familiers de Dieu ». C’est ainsi que nous pouvons nous aussi « donner chair à la Parole ». A notre petite mesure, nous avons à « mettre Dieu au monde ».

Jésus a osé dire que « ceux qui écoutent la Parole et la mettent en pratique » sont pour lui « des frères et une mère » (Lc 8, 21) !

Ce que nous enseignerons ne donnera vie que dans la mesure où ce sera devenu notre chair, où nous serons devenus nous-mêmes parole vivante de Dieu. Que Marie nous y aide !

Georgette Blaquière

Marie et l’effusion de l’Esprit Saint


I – Première effusion de l’Esprit sur Marie : l’Immaculée Conception, L’élection et la filiation divine

- L’ange la salue en l’appelant « kecharitômenê », ce qui signifie « comblée de la plénitude de la grâce ».

- Le Concile (L.G., n° 53) précise : « Elle se trouve comme descendante d’Adam réunie à l’ensemble de l’humanité qui a besoin de salut », mais, « rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils », par pure grâce et dès le premier moment de sa conception, en vue de la mission de devenir la Mère du Sauveur, Marie « re-naît » de l’Esprit Saint et en reçoit la plénitude.

- Ainsi, elle devient les prémices d’un monde sauvé, recréé selon le dessein éternel de la miséricorde du cœur de Dieu :

« Il nous a élus en lui, dès avant la création du monde, pour être saints et immaculés en sa présence dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ… Vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage et prépare la rédemption du peuple que Dieu s’est acquis à la louange de sa gloire » (Ép 1, 4 ss).

- En Marie la première, par le don de l’Esprit, s’accomplit le dessein de salut qui habite le cœur du Père. Baptisée du baptême en Esprit, elle est la nouvelle Eve par qui sera donné au monde le nouvel Adam.

Le baptême sacramentel, dans « l’eau et l’Esprit Saint » (Jn 3, 5) accomplit pour nous cette élection fondamentale, même si, baptisés dès la première enfance, nous n’en avons pas pris conscience.

Le baptême a été trop longtemps réduit à être un rite de purification (« la purification du péché originel ») ou un rite communautaire à la limite du sociologique (« l’agrégation au Peuple de Dieu » ou à une Église).

Il est d’abord le don gratuit que le Père nous fait de l’Esprit Saint pour que, affranchis du péché, nous devenions fils dans le Fils, un « même être » avec lui (Rm 6, 5).

Le Concile nous en a fait retrouver le sens et l’importance. Le Renouveau doit nous aider à en prendre conscience et à accueillir ce don qui nous est fait gratuitement.

- En Marie cette grâce d’élection s’est déployée en plénitude, à la mesure de la mission exceptionnelle qui lui a été confiée.

« Rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils, unie à lui par un lien étroit et indissoluble, elle reçoit cette immense charge et dignité d’être la Mère du Fils de Dieu et par conséquent la fille de prédilection du Père et le sanctuaire du Saint Esprit, don d’une grâce exceptionnelle qui la met bien loin au dessus de toutes les créatures dans le ciel et sur la terre… » (L.G., n° 53)

Ainsi le « privilège » de l’Immaculée Conception met Marie pleinement au service du dessein de salut de la Trinité Sainte. Ce sera sa grâce propre, ce pourquoi Dieu l’a choisie entre toutes les femmes. En elle, plus qu’en aucune créature « tout est de Dieu et pour Dieu ».

1 – Nous rencontrons souvent la confusion entre l’Immaculée Conception et la conception virginale de Jésus. De même qu’on lie la pureté de Marie (« l’Immaculée », la « Toute Pure ») à sa virginité plutôt qu’à son innocence (c’est-à-dire au fait qu’elle n’a jamais été blessée par le péché, ni par le péché originel, ni par le péché volontaire).

Le soupçon qui fait de l’union conjugale une réalité impure par nature est tenace dans le subconscient des chrétiens. Il est souvent nécessaire de rétablir la vérité.

Il est nécessaire aussi de montrer comment ces points de doctrine mariale sont importants par rapport à la Christologie. Marie rachetée est les prémices de l’humanité qui accueille le Salut et devient une nouvelle création.

2 – La relation de cette forme d’effusion de l’Esprit au sacrement de baptême est importante et délicate car il s’agit du don fondamental de grâce qui fait de nous des fils de Dieu.

Il n’y a pas de baptême sacramentel sans que soit donné le don de l’Esprit, mais le don de l’Esprit précède parfois le baptême sacramentel et peut y conduire (cf. Ac 10, 44-45).

C’est la manifestation de la prévenance de Dieu, qui rejoint l’expérience de nombreux catéchumènes aujourd’hui (plus qu’hier ? ….)

3 – Il y a souvent une vision réductrice du baptême sacramentel, soit parce qu’on le limite à la conscience qu’on en a, soit parce qu’on fait un engagement humain avant de donner la priorité au don gratuit de Dieu.

4 – Souvent on rencontre une forte réticence devant les mots « élection » ou « prédestination », car pour beaucoup cela implique automatiquement « rejet » ou « exclusion ».

Des schémas sociologiques d’égalitarisme interfèrent et faussent les perspectives qu’il faut souvent rétablir : cf. Éphésiens 1 : tous sont élus, tous sont prédestinés chacun selon le dessein de la miséricorde du Père.

Georgette Blaquière

La vie dans l’Esprit


La vie dans l’Esprit n’est pas une vie extraordinaire. C’est la vie ordinaire, avec tout le monde : une vie dans la transparence au regard de Dieu, dans la foi, non dans la vision, dans un amour de charité, c’est-à-dire un amour de don de soi, dans l’obéissance à la Parole de Dieu et à ce que les événements nous révèlent de sa volonté, dans la fidélité humble et persévérante au devoir d’état, dans la confiance filiale, même si on ne comprend pas toujours tout de suite. Mais aussi une vie qui « remonte » vers Dieu en offrande à sa gloire, dans la louange et l’action de grâces, au travers des joies et des épreuves.

Telle fut la vie de Marie, « une femme dont on n’a rien dit »… mais que toutes les générations proclament « bienheureuse ». « Ainsi la bienheureuse Marie avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l’union avec son Fils, jusqu’à la Croix… » (L.G., n° 58).

Marie ne se situe pas entre ciel et terre. Par le Concile, elle a été remise au cœur du Peuple de Dieu, en marche vers le Royaume. Elle nous est proposée comme modèle « dans l’ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ » (L.G. n° 63), dont elle a fait preuve dans le long et parfois douloureux chemin qu’elle a suivi « dans la liberté de sa foi et de son obéissance » (L.G., n° 56). C’est ainsi que prophétiquement l’avait compris la petite Thérèse dans son poème si original pour son époque : « Pourquoi je t’aime, Marie ».

- La vie dans l’Esprit est un pèlerinage, c’est-à-dire une marche longue, avec des étapes, la plupart du temps avec des compagnons de route, une marche avec des imprévus, parfois des erreurs de direction, une marche qui implique de « s’accrocher », de surmonter les fatigues et les découragements. Ce n’est pas une promenade touristique.

Il y a un but : aller à la rencontre de Dieu et, au bout du chemin, la joie d’arriver au port de son désir. « Enfin, nos pas s’arrêtent devant tes portes, Jérusalem » (Ps. 122, 2). Ainsi Marie a beaucoup marché… L’Esprit Saint ne l’a guère laissée s’installer.

La découverte du Renouveau a-t-elle bouleversé nos vies ? changé nos perspectives, nos choix de vie ? le groupe de prière nous met-il au cœur d’un peuple en marche ? Est-il un lieu pour nous où va grandir notre désir de Dieu, notre fidélité, même dans la grisaille quotidienne ou dans les épreuves ?

Il est bon de poser quelques questions concrètes.

- Marie a plongé dans la foi à l’Annonciation : elle a accepté le bouleversement de ses projets. Elle a dit oui sans savoir où cela la conduirait, totalement livrée à l’œuvre de l’Esprit. L’Ange la quitte sur une parole de Foi nue : « Rien n’est impossible à Dieu ».

Notre foi fait-elle de nous les serviteurs du dessein sauveur du Père ? Ou tentons-nous de mettre Dieu au service de nos propres projets ?

- Marie a accueilli le don de Dieu en chantant sa joie, la joie de la foi qui la comble.

Comme Marie acceptons-nous de nous laisser aimer ? Savons-nous nous réjouir de Dieu lorsque l’Esprit nous fait prendre conscience de tout l’amour dont il nous entoure… Quelle est la place de la louange dans notre prière ?

- A Bethléem, les bergers ont vu et entendu des anges, les mages ont vu une étoile… Marie et Joseph s’étonnent et s’émerveillent des signes donnés… aux autres ! Et Marie « conserve avec soin tous ces souvenirs, les méditant dans son cœur » (Lc 2, 19).

Savons-nous reconnaître les signes de Dieu quand ils nous sont donnés… et nous en passer le reste du temps ? Il est important de bien éclairer nos attitudes sur ce point : tantôt, nous voyons des signes partout, tantôt nous rationalisons tout… Il est essentiel aussi de marquer l’importance de la mémoire spirituelle.

- A Nazareth, jour après jour, elle regarde Jésus grandir, un enfant si semblable aux autres et aussi tellement différent. Un enfant qui la déconcerte parfois, autant qu’il déconcerte les docteurs de la Loi. Un enfant si obéissant, et pourtant qui lui échappe de plus en plus. Marie et Joseph « ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire »…. « Sa mère conservait fidèlement tous ces souvenirs dans son cœur » (Lc 2, 50-51).

La foi de Marie s’appelle « fidélité » au ras de la vie quotidienne, dans les bons et les mauvais jours. Question à poser : Notre foi s’inscrit-elle dans la durée, indépendamment de nos états d’âme ?

- Il va prendre la route, annoncer le Royaume, guérir les malades, « sans même avoir le temps de manger » (Mc. 3, 20), ressusciter les morts, affronter des oppositions implacables. Marie va suivre de loin… Une parole alors l’habite, celle qu’elle a dite aux serviteurs des mariés de Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira ».

Notre foi nous conduit-elle à suivre le Christ inconditionnellement ?

- Jusqu’au jour où tout est accompli. Il est là, pendu au bois de la croix, couronné d’épines, sous un écriteau : « Jésus, Roi des Juifs ». Est-ce là le Roi promis par la parole de l’Ange ? Quelle dérision ! Marie est là debout, elle ne crie pas, elle ne dit rien, elle est là, c’est tout. Sa foi est plongée dans la nuit mais ne faiblit pas (R. M. n° 18).

Beaucoup sont complètement déstabilisés dans les heures d’épreuves, faute d’avoir été avertis du sens qu’elles peuvent prendre, des tentations qui les habitent, des combats qui s’y livrent. Il est important de donner des points de repères, en particulier dans la formation des accompagnateurs.

- Dans la foi Marie vivra Pentecôte, dans la foi elle accompagnera Jean à Éphèse, dans la foi elle attendra que son Fils vienne la prendre… « Bienheureuse toi qui as cru à l’accomplissement de ce qui t’a été dit de la part du Seigneur » (Lc 1, 45).

Une lecture « évangélique » du cheminement de Marie dans la foi peut servir de cadre à une série d’enseignements profonds et concrets sur la vie spirituelle. A condition de ne pas remplacer ce que nous dit la Parole de Dieu par des paroles pieuses ou des considérations souvent plus sentimentales que « mystiques ». (M.C. n° 17-23).

Georgette Blaquière

Marie Reine

I – La tradition biblique justifie ce titre donné à Marie traditionnellement dans l’Église Catholique :

- La mère du Roi, à la différence de l’épouse, jouit seule d’un honneur particulier auprès du roi. Elle est appelée « la Grande Dame » :

« Ton trône est de Dieu pour toujours
…Parmi tes bien aimées sont des filles de roi,
A ta droite une dame, sous les ors d’Ophir… » (Ps. 45, 7 ; 10).

Bethsabée se rendit chez le roi Salomon pour lui parler d’Adonias et le roi se leva à sa rencontre et se prosterna devant elle. Puis il s’assit sur son trône, on mit un siège pour la mère du roi et elle s’assit à sa droite (1 R 2, 19).

- Elle jouit d’un certain pouvoir, en particulier de conseil auprès du roi – qu’elle exercera de façon abusive, comme Athalie qui donna au roi Ochosias « de mauvais conseils » (2 Ch 22, 3) – mais elle lui demeure soumise : « (Le roi Asa) enleva à sa grand-mère la dignité de « Grande Dame » parce qu’elle avait fait une horreur pour Ashéra…. » (1 R 15, 12-13 ; cf. 2 Ch 15, 16).

C’est ainsi que Jérémie les associera dans la chute du royaume (Jr 13, 18) : « Dis au roi et à la reine-mère : asseyez-vous bien bas, car elle est tombée de votre tête votre couronne de splendeur ».

II – Cet usage éclaire le nom donné à Marie par la piété des fidèles au cours des siècles :

« Sub tuum praesidium », « Notre-Dame », « Salve Regina », « Ave Regina coelorum », « Regina coeli laetare » etc… Il ne s’agit pas d’un titre emprunté à la mythologie païenne comme on l’a dit quelque fois (Artémis, la Grande Déesse-Mère) mais reçu de la tradition biblique et confirmé par l’Eglise :

« La Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du Ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils « Seigneur des Seigneurs (Ap 19, 16), victorieux du péché et de la mort » (L.G. n° 59).

III – Ce titre implique gloire et pouvoir

Il est mis en valeur dans les traditions religieuses populaires que le Renouveau a contribué à restaurer : processions, pèlerinages, neuvaines, consécrations à Marie etc…

Il importe de veiller à en garder toujours la signification spirituelle profonde et à éviter le ritualisme ou le piétisme qui font bon marché d’une conversion véritable et passent à côté de la véritable grandeur de Marie.

Relire et méditer le document de Paul VI « Marialis Cultus » (voir fiche I–2).

La gloire de Marie « miroir net et sacré de l’infinie beauté » (Paul VI) est le reflet sans ombre de la gloire de son Fils ressuscité dans laquelle elle est « prise » tout entière dans le mystère de son Assomption.

Le pouvoir de Marie se situe sur un double plan :

- le plan de l’intercession :
Cana : elle porte à Dieu les besoins des hommes et elle porte aux hommes le message de Dieu. Mais Marie n’a pas à nous protéger d’un Dieu impitoyable ou qu’il faut faire changer d’avis quand il aurait décidé de nous punir ! …

- le plan du combat spirituel :
Le Protévangile (Gn 3) : la promesse de la victoire de la Femme et de son lignage sur le serpent.

L’apocalypse (12) : il n’est pas indifférent que la « Femme revêtue de soleil et couronnée d’étoiles », apparaisse au moment de la proclamation de la Royauté du Christ (Ap 11) par les vingt-quatre vieillards. Elle accouche dans la douleur tandis que le Dragon, « l’antique serpent » de la Genèse (12, 9) cherche à dévorer son enfant.

Engagée dans un combat sans merci qui se retourne contre elle, elle devient le signe éclatant de la victoire de Dieu contre toutes les puissances de Mal.

Il est normal que nous demandions à Marie de nous aider, en particulier dans le combat contre les puissances de Mal. Elle participe de façon privilégiée à « l’unique médiation du Rédempteur » et « apporte à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille » (LG., n° 60-61-62).

Mais surtout elle nous apprend à veiller et à prier au cœur de l’Église, à intercéder pour le salut du monde, à proclamer dans la louange la victoire de Dieu, à engager nos vies dans le combat pour le salut de nos frères.

Trop souvent, notre prière est « à courte vue », réduite à nos besoins immédiats, à nos petits problèmes ou à nos états d’âme. Marie élargit notre horizon, ouvre notre cœur aux dimensions du monde.

Enfin, elle nous apprend à purifier notre cœur des fantasmes millénaristes pour nous faire désirer d’un ardent désir le Royaume qui vient.

Georgette Blaquière

Prier avec Marie, prier Marie


Prier avec Marie ne fait pas de difficulté. Avec le Magnificat, elle nous donne les mots pour faire monter vers Dieu la louange. Marie nous apprend à reconnaître et à célébrer dans la joie le don de Dieu. Elle nous apprend aussi que ce don est à la mesure de notre pauvreté : il faut avoir les mains vides pour que Dieu puisse les remplir…

Dans un groupe où Marie est présente, la communion des cœurs est moins difficile… Marie de Nazareth nous garde dans l’esprit de famille : « Vous n’êtes plus des étrangers ni des voyageurs… Vous êtes de la famille de Dieu » (Ép. 2, 19).

« L’unanimité » (avoir une seule âme) dans la prière est indispensable pour la venue de l’Esprit Saint à Pentecôte. Il en est de même aujourd’hui. Marie nous le rappelle sans cesse, et je crois qu’elle y veille discrètement….

Il semble plus difficile de « prier Marie » dans une assemblée de prière, surtout dans un groupe œcuménique ou interconfessionnel.

En réalité, nous ne « prions » pas Marie, nous lui demandons de « prier pour nous », (« … pécheurs, maintenant et à l’heure de la mort »).

C’est tout différent : si nous croyons que ceux de nos frères qui sont parvenus au terme de leur pèlerinage de foi, sont à présent vivants dans la lumière du Visage de Dieu, n’est-il pas naturel que nous nous tournions vers eux, du même mouvement que celui qui nous pousse à demander l’intercession d’un frère ou d’une sœur du groupe de prière ?

Marie est une femme, non pas au dessus, mais au cœur de la Communion des Saints. Dès lors n’est-il pas normal que nous nous tournions vers elle comme on a recours à une mère, à quelqu’un qui est passé devant, qui connaît le chemin et nous donne la main pour marcher ?..

Quand nous nous essoufflons dans la prière, quand la lassitude s’empare de nos âmes et le doute de notre foi, quand des tensions et des non-dits empoisonnent nos relations entre frères, nous demandons l’aide maternelle de Marie… qu’elle aille trouver Jésus pour lui dire : « Ils n’ont plus de vin … » Ce n’est pas Marie qui a changé l’eau en vin, mais elle a apporté à Jésus le besoin de ses enfants.

Si nos assemblées préparent en vérité les noces de l’Agneau, comment « la Mère de Jésus » n’y serait-elle pas présente ? Comment ne pas compter sur sa vigilance attentive, ne pas avoir recours à son intercession pour que l’Esprit Saint vienne faire toutes choses nouvelles et que nous sachions accueillir le Royaume qui vient ?

Lorsque nous sommes écrasés par l’épreuve ou démunis devant la détresse de nos frères, quand nous croyons peut-être que Dieu nous a abandonnés, comment n’accepterions-nous pas que Jésus nous dise : « Fils, voici ta mère » ? La compassion de Marie vient alors au secours de notre impuissance, elle nous apaise et nous rend à nouveau capables d’accueillir l’Esprit Consolateur.

Dans tous nos combats, comment ne tournerions-nous pas nos regards vers la femme « couronnée d’étoiles et revêtue de soleil » (Ap. 12, 1), la nouvelle Ève ? Nous savons bien que la prière est souvent une rude bataille. Comment ne pas demander l’aide de Celle qui est « plus redoutable qu’une armée en bataille » (Ct. 6, 4-10)  ?

Ne craignons pas que Marie prenne la place de l’Esprit Saint, bien au contraire ! Elle nous apprend à l’accueillir, non seulement le temps de l’assemblée de prière, mais à incarner concrètement dans notre vie quotidienne ce qu’il nous a fait comprendre dans la Parole reçue

Marie qui « conservait toutes choses en son cœur », nous fait souvenir de Dieu et nous aide à habiter la volonté du Père… Elle n’arrête pas nos regards sur elle ; elle nous tourne vers Jésus et nous apprend à le reconnaître… Si nous mettons notre main dans la sienne, elle nous conduira à Lui en toute sécurité… Si nous lui confions nos assemblées de prière, elle saura en faire, au cœur de l’Église, d’humbles « demeures » de l’Esprit Saint.

Georgette Blaquière



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