Samedi 19 décembre 2009 6 19 /12 /2009 07:00

Troisième prédication de l'Avent

« Marie, mère et modèle du prêtre »

Dans sa Lettre à tous les Prêtres pour le Jeudi Saint 1979, la première de la série de son pontificat, Jean-Paul II écrivait :  « Il y a dans notre sacerdoce ministériel la dimension merveilleuse et très profonde de notre proximité avec la mère du Christ » . Dans cette dernière méditation de l'Avent, nous voudrions réfléchir précisément sur cette proximité entre Marie et le prêtre.

De Marie, il n'est guère fait allusion dans le Nouveau Testament. Cependant, si nous sommes attentifs, nous constatons qu'elle n'est absente dans aucun des trois moments constitutifs du mystère chrétien :  l'Incarnation, le Mystère pascal et la Pentecôte. Marie a été présente dans l'Incarnation, qui a eu lieu en son sein ; elle a été présente dans le Mystère pascal, car il est écrit :  «  or, près de la Croix de Jésus se tenait sa mère »  (Jn 19, 25) ; elle a été présente à la Pentecôte, car il est écrit que les apôtres « tous d'un même cœur étaient assidus à la prière avec Marie, mère de Jésus » (Ac 1, 14).

Chacune de ces trois présences nous révèle quelque chose de la mystérieuse proximité entre Marie et le prêtre. Mais, à l'approche de Noël, je voudrais me limiter à la première, à ce que Marie dit du prêtre et au prêtre dans le mystère de l'Incarnation.

1. Quel rapport entre Marie et le prêtre ?

Je voudrais commencer par évoquer la question du titre de prêtre attribué à la Vierge Marie dans la tradition. Un écrivain de la fin du Ve siècle appelle Marie « la Vierge à la fois prêtre et autel, elle qui nous a donné le Christ, le pain descendu du ciel pour le pardon des péchés » 1. Après lui, nombreuses sont les références au thème de Marie-Prêtre, qui ne fera toutefois l'objet de développements théologiques qu'au 17e siècle, avec l'école française de Saint Sulpice. Le sacerdoce de Marie y est mis en rapport moins avec le sacerdoce ministériel qu'avec celui du Christ. A la fin du 19e siècle se répand une véritable dévotion envers la Vierge Prêtre, tandis que saint Pie X accordait une indulgence à la pratique correspondante. Mais lorsque se profila le danger de confondre le sacerdoce de Marie avec le sacerdoce ministériel, le magistère de l'Eglise devint réticent et deux interventions du Saint-Office mirent pratiquement fin à cette dévotion2.

Après le Concile, on continue à parler du sacerdoce de Marie, mais en le reliant non pas au sacerdoce ministériel, ni même à celui suprême du Christ, mais au sacerdoce universel des fidèles : Marie possèderait à titre personnel, en tant que figure et prémices de l'Eglise, ce « sacerdoce royal »  (1 P 2, 9) que tous les baptisés possèdent à titre collectif.

Que pouvons-nous retenir de cette longue tradition qui associe Marie au sacerdoce, et quel sens donner à la « proximité »  entre eux dont parlait Jean-Paul II ? Reste, me semble-t-il, l'analogie ou la correspondance des plans, dans le mystère du salut. Ce que Marie a été sur le plan de la réalité historique, une fois pour toutes, le prêtre l'est aujourd'hui, chaque fois à nouveau, sur le plan de la réalité sacramentelle.

Dans ce sens, on peut comprendre les paroles de Paul VI :  « Quelles relations et quelles distinctions y a-t-il entre la maternité de Marie, rendue universelle par la dignité et par la charité de la place que Dieu lui a attribuée dans le plan de la Rédemption, et le sacerdoce apostolique, constitué par le Seigneur pour être l'instrument de communication salvifique entre Dieu et les hommes ? Marie donne le Christ à l'humanité ; et, de même, le sacerdoce donne le Christ à l'humanité, mais d'une manière différente, cela va de soi  :  Marie par l'Incarnation et par l'effusion de la grâce, dont Dieu l'a comblée ; le sacerdoce par les pouvoirs conférés par l'Ordre sacré »3.

L'analogie qui existe entre la Vierge Marie et le prêtre peut s'exprimer ainsi. Marie, sous l'action de l'Esprit-Saint, a conçu le Christ et, après l'avoir nourri et porté en son sein, l'a mis au monde à Bethléem ; le prêtre, consacré et oint de l'Esprit-Saint dans l'ordination, est appelé à son tour à se remplir du Christ pour ensuite l'engendrer et le faire naître dans les âmes par l'annonce de la Parole, l'administration des sacrements.

En ce sens, le rapport entre Marie et le prêtre s'inscrit dans une longue tradition, qui fait bien davantage autorité que celle de Marie-Prêtre. Reprenant une pensée d'Augustin4, le Con­cile Vatican II écrit :  «  L'Eglise... devient Mère, elle aussi. Car, par la prédication et le baptême, elle engendre à la vie nouvelle et immortelle des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu »5.

Le baptistère, disaient les Pères, représente le sein dans lequel l'Eglise enfante ses enfants et la parole de Dieu est le lait pur avec lequel elle les nourrit :  « O prodige mystique ! Unique est le Père de toutes choses, unique aussi le Verbe de toutes choses, et le Saint-Esprit est un et identique en tous lieux. Il n'y a enfin qu'une seule Vierge-Mère, j'aime l'appeler l'Eglise. Pure comme une vierge, et aimante comme une mère. Appelant à elle ses enfants, elle les nourrit avec un lait de sainteté, la Parole (le Logos) destinée aux enfants nouveaux-nés (1 P 2, 2) »6.

Dans une page que nous avons lue dans la Liturgie des heures de samedi dernier, le bienheureux Isaac de l'Etoile a opéré une sorte de synthèse de cette tradition :  «  Marie et l'Eglise, écrit-il, sont une mère et plusieurs mères ; une vierge et plusieurs vierges. L'une et l'autre mère, l'une et l'autre vierge. Elles ont conçu toutes deux du Saint-Esprit, sans attrait charnel ; elles ont donné toutes deux une progéniture à Dieu le Père, sans péché. Marie a engendré, sans aucun péché, une Tête pour le Corps ; l'Eglise, dans la rémission de tous les péchés, engendre le corps pour la Tête »7.

Ce qui, dans ces textes, est dit de façon générale pour l'Eglise, comme sacrement du salut, s'applique d'une manière particulière aux prêtres : de par leur ministère, en effet, ce sont eux qui, concrètement, engendrent le Christ dans les âmes au moyen de la parole et des sacrements.

2. Marie a cru

Jusqu'ici, l'analogie entre Marie et le prêtre se situait sur un plan en quelque sorte objectif ou de la grâce. Mais il existe une analogie également sur le plan subjectif, autrement dit entre la contribution personnelle que la Vierge a apportée à la grâce de l'élection et la contribution que le prêtre est appelé à apporter à la grâce de l'ordination. Ni l'un ni l'autre n'est un simple canal qui laisse passer la grâce sans qu'il y ait un apport personnel.

Tertullien parle d'une version du docétisme gnostique, qui enseignait que Jésus était bien né de Marie, mais pas conçu en elle ni par elle ; le corps du Christ, venu du ciel, serait passé à travers la Vierge, mais n'aurait pas été engendré en elle et par elle ; Marie aurait été pour Jésus une voie, pas une mère, et Jésus pour Marie un hôte, pas un fils8. Pour ne pas répéter cette forme de docétisme dans sa vie, le prêtre ne peut se contenter de transmettre aux autres un Christ appris dans les livres qui n'est pas devenu d'abord chair de sa chair et sang de son sang. Comme Marie (l'image est de saint Bernard), il doit être un réservoir qui fait déborder au-dehors ce dont il est rempli à l'intérieur, pas un canal qui se borne à laisser passer l'eau sans en rien retenir.

L'apport personnel, commun à Marie et au prêtre, se résume dans la foi. La Vierge Marie, écrit Augustin, « qui a cru par la foi, a conçu par la foi »  (fide concepit, fide peperit)9 ; de même, le prêtre, par la foi, porte le Christ dans son coeur et par la foi, le communique aux autres. Ce sera le centre de notre méditation d'aujourd'hui :  ce que peut apprendre le prêtre de la foi de Marie.

Lorsque Marie arriva chez Elisabeth, celle-ci l'accueillit avec une grande joie et, « remplie d'Esprit-Saint », s'exclama :  « Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur » (Lc l, 45). Il ne fait pas de doute que l'expression « qui a cru » se réfère à la réponse de Marie à l'ange : « Voici la servante du Seigneur, qu'il m'advienne selon ta parole » (Lc 1, 38).

A première vue, Marie a fait là un acte de foi facile, qui allait même de soi. Devenir mère d'un roi qui aurait régné éternellement sur la maison de Jacob, mère du Messie ! N'était-ce pas ce dont toute jeune fille juive rêvait ? Mais c'est là une manière de raisonner très humaine et charnelle. Marie se retrouve dans une totale solitude. A qui peut-elle expliquer ce qui est advenu en elle ? Qui la croira quand elle dira que l'enfant qu'elle porte en son sein est « l'oeuvre de l'Esprit Saint » ? Cela n'est jamais arrivé avant et n'arrivera jamais plus après elle.

Marie connaissait certainement ce qui était écrit dans le livre de la loi : autrement dit, que si la jeune femme n'était pas trouvée en état de virginité, au moment des noces, on devait la faire sortir à la porte de la maison de son père et la faire lapider par ses concitoyens (cf. Dt 22, 20 s). Nous parlons volontiers aujourd'hui du risque de la foi, en entendant par là, d'une façon générale, le risque intellectuel ; mais pour Marie, il s'est agi d'un risque réel !

Carlo Carretto, dans son livre sur la Vierge, raconte comment il en est venu à découvrir la foi de Marie. Quand il vivait dans le désert, il avait appris par des amis Touareg qu'une jeune fille du campement avait été promise en mariage à un jeune homme, mais qu'elle n'était pas allée habiter avec lui, parce qu'elle était trop jeune. Il avait relié ce fait à ce que Luc dit de Marie. Aussi, en repassant deux ans plus tard dans le même campement, il demanda des nouvelles de la jeune fille. Il nota un certain embarras chez ses interlocuteurs et, plus tard, l'un d'entre eux, s'approchant de lui en grand secret, fit un signe :  il passa une main sur sa gorge, geste caractéristique des arabes pour dire :  « Elle a été égorgée ». Elle avait été découverte enceinte avant le mariage et l'honneur de la famille exigeait cette fin. Il repensa alors à Marie, aux regards impitoyables des gens de Nazareth, aux clins d'oeil, il comprit la solitude de Marie, et la nuit même, il la choisit comme compagne de voyage et maîtresse de sa foi10.

Dieu n'arrache jamais aux créatures des consentements, en cachant les conséquences auxquelles elles seront exposées. Nous le voyons dans tous les grands appels de Dieu. Il prévient Jérémie : « ils lutteront contre toi »  (Jr 1, 19) et, à propos de Saul, il dit à Ananie :  « Moi-même, je lui montrerai tout ce qu'il lui faudra souffrir pour mon nom (Ac 9, 16). Avec Marie, pour une mission comme la sienne, aurait-il agi différemment ? Dans la lumière de l'Esprit Saint, qui accompagne l'appel de Dieu, Marie a certainement entrevu que son chemin aussi n'aurait pas été différent de celui de tous les autres appels. D'ailleurs, Siméon, très vite, explicitera ce pressentiment, quand il lui dira qu'une épée lui transpercera l'âme.

Un écrivain moderne, Erri De Luca, a décrit sous une forme poétique ce pressentiment de Marie au moment de la naissance de Jésus. Elle est seule dans la grotte, Joseph veille à l'extérieur (selon la loi, aucun homme n'est autorisé à assister à l'accouchement) ; elle vient de mettre au monde un fils, quand d'étranges associations d'idées lui traversent l'esprit :  « Pourquoi, mon fils, nais-tu justement ici à Beth-léem, la Maison du Pain ? Et pourquoi devons-nous t'appeler Ieshu (Jésus) ?... Fais que ce frisson dans mon dos, ce froid venu du futur reste loin de lui ». La mère présage que ce fils lui sera enlevé, alors elle répète en elle-même : « Jusqu'au point du jour, Ieshu n'est rien qu'à moi. Je veux chanter une chanson avec ces trois mots. C'est tout. Cette nuit, ici à Bethléem, il est rien qu'à moi » . Et, sur ce, elle lui donne le sein pour l'allaiter11.

Marie est la seule et l'unique à avoir cru « en situation de simultanéité », c'est-à-dire pendant que la chose se passait, avant toute confirmation et toute validation par les évènements et par l'histoire8. Jésus a dit à Thomas : « Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru ! »  (Jn 20, 29) : Marie est la première de ceux qui ont cru sans avoir encore vu.

Saint Paul dit que Dieu aime celui qui donne avec joie (2 Co 9, 7) et Marie a dit à Dieu son « oui » avec joie. Le verbe par lequel Marie exprime son consentement, et qui est traduit par « fiat » ou « qu'il en soit ainsi », est dans l'original, le subjonctif optatif (génoito), le mode de verbe qui, en grec, est utilisé pour exprimer le désir, voire l'impatience joyeuse de voir une chose arriver. Comme si la Vierge disait : « Je désire moi aussi, de tout mon être, ce que Dieu désire ; qu'il soit fait selon sa volonté ». Véritablement, comme disait saint Augustin, avant même de concevoir le Christ dans son corps, elle l'a conçu dans son coeur.

Mais Marie ne parlait pas en latin et par conséquent elle n'a pas dit « fiat » . Elle n'a pas dit non plus « génoito » qui est un mot grec. Alors, qu'a-t-elle dit ? Quel est le mot qui, dans la langue parlée par Marie, se rapproche le plus proche de cette expression ? Quand il voulait dire à Dieu « oui, qu'il en soit ainsi », un juif disait « amen ! ». S'il est légitime de chercher à remonter, à travers une pieuse réflexion, à l'ipsissima vox, à la parole exacte sortie de la bouche de Marie - ou du moins à la parole qui se trouvait, à cet endroit, dans la source en hébreu utilisée par Luc - cela devait être le mot « amen ». Rappelons-nous les psaumes qui, dans la Vulgate latine se terminaient par l'expression : « fiat, fiat » ; dans le texte grec de LXX (la Septante), là où on lit « genoito, genoito », l'original en hébreu connu de Marie dit « amen, amen ».

Amen est le mot hébreux dont la racine signifie solidité, certitude ; il était utilisé dans la liturgie comme réponse de foi à la parole de Dieu. Avec l' « amen » on reconnaît ce qui a été dit comme une parole certaine, stable, valable et contraignante. Sa traduction exacte, quand il s'agit d'une réponse à la parole de Dieu est celle-ci :  « il en est ainsi et qu'il en soit ainsi ». Elle indique en même temps la foi et l'obéissance ; elle reconnaît que ce que Dieu dit est vrai et s'y soumet. C'est dire « oui » à Dieu. C'est en ce sens qu'on la trouve dans la bouche même de Jésus :  « Oui, amen, Père, car tel a été ton bon plaisir... «  (cf. Mt 11, 26). Il est même l'Amen personnifié :  ainsi parle l'Amen (Ap 3, 14) et c'est par lui que tous les autres « amen » de foi prononcés sur la terre montent désormais à Dieu (cf. 2 Co 1, 20). Marie est également, après son Fils, l'amen à Dieu, personnifié.

La foi de Marie est donc un acte d'amour et de docilité, libre, même s'il a été suscité par Dieu, mystérieux, comme l'est chaque fois la rencontre entre la grâce et la liberté. C'est la véritable grandeur personnelle de Marie, sa béatitude confirmée par le Christ lui-même. « Heureuses les entrailles qui t'ont porté et les seins que tu as sucés » (Lc 11, 27), dit une femme dans l'Evangile. La femme proclame Marie bienheureuse parce qu'elle a porté Jésus ; Elisabeth la proclame bienheureuse parce qu'elle a cru ; la femme proclame bienheureux le fait de porter Jésus dans son sein, Jésus proclame bienheureux le fait de le porter dans son coeur :  « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l'observent », répond Jésus. Il aide ainsi la femme, et nous tous, à comprendre où réside la grandeur personnelle de sa Mère. Qui en effet « conservait » les paroles de Dieu plus que Marie, dont il est dit deux fois, dans les Ecritures elles-mêmes, qu'elle « conservait... toutes ces choses, les méditant dans son coeur » (Lc 2, 19.51) ?

Il ne faudrait pas conclure notre examen de la foi de Marie par l'impression que Marie a cru une seule fois dans toute sa vie, puis plus rien ; qu'il n'y a eu qu'un seul grand acte de foi dans la vie de la Vierge. Combien de fois, après l'Annonciation, Marie aura été martyrisée par l'apparent contraste entre sa situation et tout ce qui était écrit et connu, concernant la volonté de Dieu, dans l'Ancien Testament et au sujet de la figure même du Messie ! Le Concile Vatican II nous a fait un grand don en affirmant que Marie aussi a marché dans la foi, et même qu'elle a « progressé » dans la foi, c'est-à-dire qu'elle a grandi et s'est perfectionnée dans la foi12.

3. Croyons, nous aussi !

Passons maintenant de Marie au prêtre. Saint Augustin a écrit : « Marie a cru et ce qu'elle a cru s'est accompli en elle. Croyons, nous aussi, afin de pouvoir, nous également, profiter de ce qui s'est accompli en elle »13. Croyons, nous aussi ! La contemplation de la foi de Marie nous pousse à renouveler avant tout notre acte personnel de foi et d'abandon à Dieu.

Nous devons et pouvons tous imiter Marie dans sa foi, mais le prêtre doit le faire de manière toute particulière : « Le juste - dit Dieu - vivra de la foi » (cf. Ha 2, 4 ; Rm 1, 17). Ceci vaut, de manière spéciale, pour le prêtre. Il est l'homme de la foi. La foi est ce qui détermine, pour ainsi dire, son « poids spécifique » et l'efficacité de son ministère.

Les fidèles voient immédiatement si un prêtre ou un pasteur « y croit », s'il croit en ce qu'il dit et en ce qu'il célèbre. Celui qui, chez un prêtre, cherche d'abord Dieu, s'en rend compte tout de suite ; celui qui ne cherche pas Dieu en lui peut être facilement trompé et tromper le prêtre lui-même, en le faisant se sentir important, brillant, avec son temps alors qu'en réalité il n'est que « un airain qui résonne et une cymbale qui retentit ».

Même un non croyant qui aborde un prêtre, dans un esprit de recherche, comprend tout de suite la différence. Ce qui le provoquera et qui parviendra à le mettre en crise, de façon salutaire, ce ne sont pas en général les discussions de la foi les plus savantes, mais de se trouver devant quelqu'un qui croit vraiment de tout son être. La foi est contagieuse. On n'est pas contaminé par un virus seulement si on en entend parler ou si on l'étudie, mais si on entre en contact avec lui. C'est la même chose avec la foi.

On souffre parfois, et on se lamente, dans la prière, auprès de Dieu, parce que les gens quittent l'Eglise, ne rejettent pas le péché, parce que nous parlons et parlons, en vain. Un jour les apôtres tentèrent de chasser le démon d'un pauvre garçon mais sans succès. Après que Jésus eût chassé, lui, l'esprit mauvais, du garçon, ils s'approchèrent de Jésus, en privé, et lui demandèrent : « Pourquoi nous autres, n'avons-nous pu l'expulser ? ». Et Jésus répondit :  « Parce que vous avez peu de foi » (Mt 17, 19-20).

Saint Bonaventure raconte comment, un jour, alors qu'il se trouvait sur le Mont de la Verne, ce que disent les saints Pères lui revint à l'esprit, c'est-à-dire que par la grâce de l'Esprit Saint et la puissance du Très-Haut, l'âme pieuse peut spirituellement concevoir par la foi le bienheureux Verbe du Père, lui donner le jour, lui donner le nom, le chercher et l'adorer avec les Mages et enfin le présenter à Dieu le Père dans son temple. Il écrivit alors un opuscule intitulé :  « Les cinq fêtes de l'Enfant Jésus », pour montrer comment le chrétien peut revivre personnellement ces cinq moments de la vie de Jésus. Je me limite à ce que saint Bonaventure dit des deux premières fêtes, la conception et la naissance, en l'appliquant en particulier au prêtre.

Le prêtre conçoit Jésus quand, mécontent de la vie qu'il mène, stimulé par de saintes aspirations, animé d'une sainte ardeur et enfin s'étant détaché résolument de ses vieilles habitudes et défauts, il est comme spirituellement fécondé par la grâce de l'Esprit Saint et conçoit l'intention d'une vie nouvelle.

Une fois conçu, le bienheureux Fils de Dieu naît dans le coeur du prêtre, quand, après avoir opéré un sain discernement, demandé conseil de façon opportune, invoqué l'aide de Dieu, il met immédiatement en oeuvre sa sainte intention, en commençant à accomplir ce qui depuis un moment était en train de mûrir, mais qu'il avait toujours reporté, craignant de ne pas en être capable.

Cette intention de vie nouvelle doit cependant se traduire immédiatement, sans délai, en quelque chose de concret, un changement, si possible également externe et visible, de notre vie et de nos habitudes. Si l'intention n'est pas mise en pratique, Jésus est conçu mais ne voit pas le jour. Ce sera l'un des nombreux avortements spirituels dont le monde des âmes est malheureusement rempli.

Il y a deux paroles très brèves que Marie prononça au moment de l'Annonciation et que le prêtre prononce au moment de son ordination : « Me voici ! » et « Amen », ou « oui ». Je me souviens du moment où je me trouvais devant l'autel pour mon ordination, avec une dizaine de mes compagnons. A un moment donné mon nom fut prononcé et je répondis, rempli d'émotion :  « Me voici ! ».

Au cours du rite, quelques questions nous furent posées : « Veux-tu exercer ton ministère sacerdotal toute ta vie ? », « Veux-tu accomplir dignement et fidèlement le ministère de la parole dans la prédication ? », « Veux-tu célébrer avec dévotion et fidélité les mystères du Christ ? ». A chaque question, nous répondions : « Oui, je le veux ! »

Le renouveau spirituel du prêtre catholique, souhaité par le Saint-Père, sera proportionnel à l'élan avec lequel chacun d'entre nous, prêtres et évêques de l'Eglise, sera capable de prononcer à nouveau un joyeux :  « Me voici ! » et « Oui, je le veux ! », en faisant revivre l'onction reçue à l'ordination. Jésus est entré dans le monde en disant : « Voici... je viens, pour faire, Ô Dieu, ta volonté » (He 10, 7). Nous l'accueillons, cette année, à Noël, par ces mêmes paroles. « Voici, je viens, Seigneur Jésus, pour faire ta volonté ! »

Texte original : italien

Par renouveau.bm
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Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /2009 17:41

Bénir son enfant en posant une main sur sa tête ou en traçant une croix sur son front revient à lui transmettre la bénédiction de Dieu. Un geste à redécouvrir dans nos familles.

Zoom Ce geste traditionnel n'est pas réservé aux clercs.
© S.Ouzounoff

À quelle occasion bénir son enfant ? Dès le sein maternel, comme en témoigne Cyrille, avocat de 42 ans, qui a suivi une préparation spirituelle à la naissance à la clinique des Franciscaines, à Versailles : « Lorsque ma femme est enceinte, j’ai coutume de bénir l’enfant en traçant une croix sur le ventre de mon épouse. »

En Belgique, une célébration de la Visitation a lieu chaque lundi de Pentecôte, depuis 1993, au sanctuaire Notre-Dame-de-Beauraing. « Dans le sein maternel, l’enfant est touché par ce qu’il vit, explique Luc Lannoye, auteur de l’ouvrage Le Tout-Petit. Par cette bénédiction, il reçoit l’amour de Dieu, dont il est marqué. Il est accueilli comme enfant de Dieu, un être à part entière. »

Le jour du baptême, le rituel invite les parents, puis le parrain et la marraine, à renouveler ce geste. Et si ce signe de croix entrait dans le quotidien de nos familles ? « Il me paraît essentiel que les parents bénissent leur enfant, invite le Père Nicolas Fresnet, aumônier de la clinique des Franciscaines, à Versailles. Nous avons cléricalisé ce geste pourtant traditionnel. Quand vous embrassez votre fils ou votre fille, vous lui dites votre amour, la relation est binaire. Mais lorsque vous tracez une croix sur son front, vous bénissez au nom d’un autre et vous introduisez une relation avec Dieu. »
Le prêtre invite à bénir particulièrement les enfants matin et soir : « C’est très important le soir, au moment du coucher. Vous lui signifiez par là : "Je ne t’abandonne pas : je te remets dans les bras de Dieu". Le matin aussi, avant de partir à l’école, vous posez par ce signe un acte de foi : "Va, le Seigneur t’accompagne !" »

En grandissant, des occasions plus solennelles y conduisent : avant une longue séparation, lors d’un départ à l’étranger, ou encore le jour du mariage lorsque le père a mené sa fille au pied de l’autel…


Stéphanie Combe

Par renouveau.bm
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Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /2009 11:53

Deuxième prédication de l'Avent

« Ministres de la nouvelle alliance de l'Esprit »

1. Le service de l'Esprit

La dernière fois, nous avons commenté la définition que Paul donne des prêtres comme « serviteurs du Christ ». Dans la deuxième Lettre aux Corinthiens nous trouvons une affirmation apparemment différente. Il écrit : Dieu « nous a rendus capables d'être ministres d'une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l'Esprit ; car la lettre tue, l'Esprit vivifie. Or, si le ministère de la mort, gravé en lettres sur des pierres, a été entouré d'une telle gloire que les fils d'Israël ne pouvaient fixer les yeux sur le visage de Moïse à cause de la gloire de son visage, pourtant passagère, comment le ministère de l'Esprit n'en aurait-il pas davantage ? » (2 Co 3, 6-8).

Paul se définit lui-même, ainsi que ses collaborateurs, comme des « ministres de l'Esprit » et il définit le ministère apostolique comme un « service de l'Esprit ». La confrontation avec Moïse et le culte de l'ancienne alliance ne laissent en effet aucun doute sur le fait que dans ce passage, comme dans de nombreux autres de cette même Lettre, il parle du rôle des guides dans la communauté chrétienne, c'est-à-dire des apôtres et de leurs collaborateurs.

Celui qui connaît le rapport qui existe pour Paul, entre le Christ et l'Esprit, sait qu'il n'y a aucune contradiction entre être serviteurs du Christ et être ministres de l'Esprit, mais une continuité parfaite. L'Esprit dont on parle ici est en effet l'Esprit du Christ. Jésus lui-même parle du rôle du Paraclet à son égard, quand il dit aux apôtres : il prendra de mon bien et vous l'annoncera, il vous fera vous souvenir de ce que je vous ai dit, il me rendra témoignage...

La définition complète du ministère apostolique et sacerdotal est : serviteurs du Christ dans l'Esprit Saint. L'Esprit indique la qualité ou la nature de notre service qui est un service « spirituel » dans le plein sens du terme ; c'est-à-dire non seulement dans le sens qu'il a pour objet l'esprit de l'homme, son âme, mais aussi dans le sens qu'il a pour sujet, ou pour « agent principal », comme disait Paul VI, l'Esprit Saint. Saint Irénée disait que l'Esprit Saint est « notre communion même avec le Christ »1.

Un peu plus haut, toujours dans la deuxième Lettre aux Corinthiens, l'Apôtre avait illustré l'action de l'Esprit Saint dans les ministres de la nouvelle alliance par le symbole de l'onction : « Et Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l'onction, c'est Dieu, Lui qui nous a aussi marqués d'un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l'Esprit » (2 Co 1, 21 s.).

Saint Athanase commente ainsi ce texte : « L'Esprit est appelé et est onction et sceau... L'onction est le souffle du Fils, si bien que celui qui possède l'Esprit peut dire : « 'Nous sommes le parfum du Christ'. Le sceau représente le Christ, si bien que celui qui est marqué par le sceau peut avoir la forme du Christ »2. En tant qu'onction, l'Esprit Saint nous transmet le parfum du Christ ; en tant que sceau, sa forme, ou image. Il n'y a donc aucune dichotomie entre service du Christ et service de l'Esprit, mais une unité profonde.

Tous les chrétiens sont « oints » ; leur nom même ne signifie rien d'autre que cela : « oints », à l'image du Christ, qui est l'Oint par excellence (cf. 1 Jn 2, 20.27). Mais Paul parle ici de son oeuvre et de celle de Timothée (« nous ») à l'égard de la communauté (« vous ») ; il est par conséquent évident qu'il se réfère en particulier à l'onction et au sceau de l'Esprit reçus au moment où ils ont été consacrés au ministère apostolique, par Timothée, à travers l'imposition des mains de l'Apôtre (cf. 2 Tm 1, 6).

Nous devons absolument redécouvrir l'importance de l'onction de l'Esprit car je suis convaincu qu'elle renferme le secret de l'efficacité du ministère épiscopal et sacerdotal. Les prêtres sont essentiellement des consacrés, c'est-à-dire « oints ». « Le Seigneur Jésus, lit-on dans Presbyterorum ordinis, 'que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde' (Jn 10, 36), fait participer tout son Corps mystique à l'onction de l'Esprit qu'il a reçue ». Ce même décret conciliaire s'empresse toutefois de mettre en lumière la spécificité de l'onction conférée par le sacrement de l'Ordre. Pour cela, il dit que le sacerdoce des prêtres « est cependant conféré au moyen du sacrement particulier qui, par l'onction du Saint-Esprit, les marque d'un caractère spécial, et les configure ainsi au Christ Prêtre pour les rendre capables d'agir en personne au nom du Christ Tête »3.

2. L'onction : figure, événement et sacrement

L'onction, de même que l'Eucharistie et Pâque, est l'une des réalités présentes dans les trois phases de l'histoire du salut. Elle est en effet présente dans l'Ancien Testament comme figure, dans le Nouveau Testament comme événement et dans le temps de l'Eglise comme sacrement. Dans notre cas, la figure est donnée par les diverses onctions pratiquées dans l'Ancien Testament ; l'événement est constitué par l'onction du Christ, le Messie, l'Oint, auquel toutes les figures tendaient comme vers leur accomplissement ; le sacrement est représenté par cet ensemble de signes sacramentaux qui prévoient une onction comme rite principal ou complémentaire.

Dans l'Ancien Testament on parle de trois types d'onction : l'onction royale, sacerdotale et prophétique, c'est-à-dire l'onction des rois, des prêtres et des prophètes, même si dans le cas des prophètes il s'agit en général d'une onction spirituelle et métaphorique, c'est-à-dire sans une huile matérielle. Dans chacune de ces trois onctions se profile un horizon messianique, c'est-à-dire l'attente d'un roi, d'un prêtre et d'un prophète qui sera l'Oint par antonomase, le Messie.

En plus de conférer l'investiture officielle et juridique, par laquelle le roi devient l'Oint du Seigneur, l'onction confère, selon la Bible, un réel pouvoir intérieur. Elle comporte une transformation qui vient de Dieu et ce pouvoir, cette réalité, sont de plus en plus clairement identifiés à l'Esprit Saint. En conférant l'onction à Saul, comme roi, Samuel dit : « N'est-ce pas le Seigneur qui t'a oint comme chef de son peuple Israël ? C'est toi qui jugera le peuple du Seigneur... L'Esprit du Seigneur fondra sur toi », tu commenceras à prophétiser et tu seras transformé en un autre homme (cf. 1 Sm 10, 1.6). Le lien entre l'onction et l'Esprit est surtout mis en lumière dans le célèbre texte d'Isaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi car le Seigneur m'a donné l'onction » (Is 61, 1).

Le Nouveau Testament n'hésite pas à présenter Jésus comme l'Oint de Dieu, en qui toutes les onctions antiques ont trouvé leur accomplissement. Le titre de Messie, ou Christ, qui signifie, justement, Oint, en est la preuve la plus claire.

Le moment ou l'événement historique auquel on fait remonter cet accomplissement est le baptême de Jésus dans le Jourdain. L'effet de cette onction est l'Esprit Saint : « Dieu a oint Jésus de Nazareth de l'Esprit Saint et de puissance » (Ac 10, 38) ; Jésus lui-même, après son baptême, déclarera dans la synagogue de Nazareth : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction » (Lc 4, 18). Jésus était certainement rempli de l'Esprit Saint depuis le moment même de l'incarnation, mais il s'agissait d'une grâce personnelle, liée à l'union hypostatique, et par conséquent impossible à communiquer. Maintenant, à travers l'onction, il reçoit la plénitude de l'Esprit Saint qui, comme tête, pourra transmettre à son corps. L'Eglise vit de cette grâce « de la tête » (gratia capitis).

Les effets de la triple onction - royale, prophétique et sacerdotale - sont grandioses et immédiats dans le ministère de Jésus. Grâce à l'onction royale, il abat le règne de satan et instaure le royaume de Dieu : « Mais si c'est par l'Esprit de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous » (Mt 12, 28) ; grâce à l'union prophétique, il « annonce la bonne nouvelle aux pauvres » ; grâce à l'union sacerdotale, il offre des prières et des larmes durant sa vie terrestre et, à la fin, il se donne lui-même sur la croix.

Après avoir été présente dans l'Ancien Testament comme figure et dans le Nouveau Testament comme événement, l'onction est maintenant présente dans l'Eglise comme sacrement. De la figure, le sacrement prend le signe, et de l'événement il prend la signification ; des onctions de l'Ancien Testament il prend l'élément - l'huile, le saint chrême ou onguent parfumé - et du Christ il prend l'efficacité salvifique. Le Christ n'a jamais été oint par une huile matérielle (à part l'onction de Béthanie), et il n'a jamais oint personne avec une huile matérielle. En lui, le symbole a été remplacé par la réalité, par « l'huile d'allégresse » qui est l'Esprit Saint.

Plus que comme un sacrement unique, l'onction est présente dans l'Eglise comme un ensemble de rites sacramentaux. Comme sacrements indépendants, nous avons la confirmation (qui, à travers toutes les transformations subies, remonte, comme l'atteste le nom, à l'ancien rite de l'onction avec le saint chrême) et l'onction des malades ; comme parties d'autres sacrements nous avons : l'onction baptismale et l'onction dans le sacrement de l'ordre. Dans l'onction chrismale qui suit le baptême, il y a une référence explicite à la triple onction du Christ : « Il vous consacre lui-même par le saint chrême du salut ; incorporés au Christ prêtre, roi et prophète, soyez toujours membre de son corps pour la vie éternelle ».

Parmi toutes ces onctions, en ce moment, celle qui nous intéresse est celle qui accompagne le don de l'Ordre sacré. Au moment où il oint les paumes de chacun des ordinands agenouillés devant lui, avec le saint chrême, l'évêque prononce ces paroles : « Que le Seigneur Jésus Christ, que le Père a consacré dans l'Esprit Saint et la puissance, te garde pour la sanctification de son peuple et pour l'offrande du sacrifice ».

La référence à l'onction du Christ est encore plus explicite dans la consécration épiscopale. En versant l'huile parfumée sur la tête du nouvel évêque, l'évêque qui ordonne dit : « Que Dieu, qui t'a rendu participant du sacerdoce suprême du Christ, répande sur toi son onction mystique, et par l'abondance de sa bénédiction donne fécondité à ton ministère ».

3. L'onction spirituelle

Il y a un risque, commun à tous les sacrements, qui est celui de s'arrêter à l'aspect rituel et canonique de l'ordination, à sa validité et licité, sans donner suffisamment d'importance à la « res sacramenti », à l'effet spirituel, à la grâce propre du sacrement, dans le cas présent au fruit de l'onction dans la vie du prêtre. L'onction sacramentelle nous habilite à accomplir certaines actions sacrées comme gouverner, prêcher, instruire ; elle nous donne, pour ainsi dire, l'autorisation de faire certaines choses, pas nécessairement l'autorité en les faisant ; elle assure la successionsuccès apostolique ! apostolique, pas nécessairement le

L'onction sacramentelle, avec le caractère indélébile (le « sceau » !) qu'elle imprime dans le prêtre, est une ressource à laquelle nous pouvons puiser chaque fois que nous en ressentons le besoin, que nous pouvons, pour ainsi dire, activer à chaque moment de notre ministère. Celle que l'on appelle en théologie, la « reviviscence » du sacrement, se réalise ici également. Le sacrement, reçu dans le passé, « revit », recommence à vivre et à libérer sa grâce : dans les cas extrêmes parce que l'obstacle du péché a été ôté (l'obex), dans d'autres cas parce que la patine de l'habitude a été ôté et que la foi dans le sacrement s'intensifie. C'est comme avec un flacon de parfum. Nous pouvons le garder dans notre poche ou le serrer aussi longtemps que nous le voulons, mais si nous ne l'ouvrons pas, le parfum ne se diffuse pas, c'est comme s'il n'existait pas.

Comment cette idée d'une onction actuelle est-elle née ? Encore une fois, saint Augustin marque une étape importante. Il interprète le texte de la première lettre de Jean : « L'onction que vous avez reçue... » (1 Jn 2, 27), dans le sens d'une onction continue, grâce à laquelle l'Esprit Saint, maître intérieur, nous permet de comprendre de l'intérieur ce que nous écoutons à l'extérieur. C'est à lui que l'on doit l'expression « onction spirituelle », spiritalis unctio, que l'on chante dans l'hymne du Veni creator4. Saint Grégoire le Grand, comme dans de nombreux autres cas, contribua à rendre populaire cette intuition augustinienne pendant tout le Moyen Age5.

Une nouvelle phase dans le développement du thème de l'onction s'ouvre avec saint Bernard et saint Bonaventure. Avec eux, une nouvelle acception spirituelle et moderne de l'onction s'affirme, non pas tant liée au thème de la connaissance de la vérité, qu'à celui de l'expérience de la réalité divine. Lorsqu'il commence à commenter le Cantique des Cantiques, saint Bernard affirme : « Seule l'onction de l'âme peut dicter un cantique de cette sorte, seule l'expérience intérieure peut nous l'apprendre »6. Saint Bonaventure identifie l'onction à la dévotion, qu'il conçoit comme « un sentiment suave d'amour pour Dieu suscité par le souvenir des bienfaits du Christ »7. Elle ne dépend pas de la nature, ni de la science, ni de la parole ou des livres, mais « du don de Dieu qui est l'Esprit Saint »8.

De nos jours, on utilise toujours plus souvent les termes oint et onction (anointed, anointing) pour décrire la manière d'agir de la personne, la qualité d'un discours, d'une prédication, mais avec des nuances. Comme nous l'avons vu, l'onction, dans le langage traditionnel, suggère surtout l'idée de suavité et de douceur, jusqu'à signifier, dans l'utilisation profane, l'acception négative d'« élocution ou attitude mielleuse et insinuante, souvent hypocrite », et à l'adjectif « onctueux », dans le sens de « personne ou attitude désagréablement cérémonieuse ou servile ».

Dans l'usage moderne, plus proche de celui de la Bible, elle suggère plutôt l'idée de pouvoir et force de persuasion. Une prédication pleine d'onction est une prédication où l'on perçoit, pour ainsi dire, le frémissement de l'Esprit ; une annonce qui remue, qui persuade du péché, qui arrive au cœur des gens. Il s'agit d'une composante délicieusement biblique du terme, présente par exemple dans le texte des Actes où l'on dit que Jésus « fut oint de l'Esprit Saint et de puissance » (Ac 10, 38).

L'onction, dans cette acception, apparaît plus comme un acte que comme un état. C'est quelque chose que la personne ne possède pas durablement, mais qui s'ajoute à elle, l'« investit » sur le moment, dans l'exercice d'un certain ministère ou dans la prière.

Si l'onction est donnée par la présence de l'Esprit et qu'elle est un don de lui, que pouvons nous faire pour la recevoir ? Avant tout prier. Il y a une promesse explicite de Jésus : « Le Père du ciel donnera l'Esprit Saint à ceux qui l'en prient ! » (Lc 11, 13). Et puis, rompre nous aussi le vase d'albâtre comme la pécheresse dans la maison de Simon. Le vase est notre moi, parfois notre intellectualisme aride. Le briser, cela signifie se renier soi-même, céder à Dieu les rênes de notre vie par un acte explicite. Dieu ne peut remettre son esprit à celui qui ne se remet pas entièrement à Lui.

4. Comment obtenir l'onction de l'Esprit

Appliquons à la vie du prêtre ce très riche contenu biblique et théologique lié au thème de l'onction. Saint Basile dit que l'Esprit Saint « fut toujours présent dans la vie du Seigneur, en en devenant l'onction et le compagnon inséparable » afin que « toute l'activité du Christ se déroule dans l'Esprit »9. Recevoir l'onction signifie donc recevoir l'Esprit Saint comme « compagnon inséparable » dans la vie, faire tout « dans l'Esprit », en sa présence, sous sa direction. Elle comporte une certaine passivité, une manière d'agir, d'avancer ou comme le dit Paul « l'Esprit vous anime » (cf. Ga 5,18).

Tout cela se traduit, à l'extérieur, soit en suavité, calme, paix, douceur, dévotion, émotion, soit en autorité, force, pouvoir, autorité, en fonction des circonstances, du caractère de chacun et de la charge qu'il recouvre. L'exemple vivant se trouve en Jésus qui, poussé par l'Esprit, se manifeste comme doux et humble de cœur, mais aussi, en l'occurrence, comme plein d'autorité surnaturelle. C'est une condition caractérisée par une certaine luminosité intérieure qui donne de la facilité et de la maîtrise pour faire les choses. Un peu comme l'est la « forme » pour l'athlète et l'inspiration pour le poète : un état où l'on réussit à donner le meilleur de soi.

Nous, prêtres, nous devrions nous habituer à demander l'onction de l'Esprit avant de nous préparer à une action importante au service du royaume : une décision à prendre, une nomination à faire, un document à écrire, une commission à présider, une prédication à préparer. Je l'ai appris à mes dépens. Je me suis retrouvé un jour à devoir parler devant une vaste assemblée, dans une langue étrangère, et j'arrivais d'un long voyage. Brouillard total. J'avais l'impression de n'avoir jamais connu la langue dans laquelle je devais parler. J'étais dans l'incapacité de me concentrer sur un tableau, un thème. Et le chant d'entrée allait se terminer... Je me suis alors souvenu de l'onction, très vite, j'ai fait une courte prière : « Père, au nom du Christ, je te demande l'onction de l'Esprit ! ».

Parfois, l'effet est immédiat. On expérimente presque physiquement la venue de l'onction sur soi. Une certaine émotion traverse le corps, éclaire l'esprit, rassure l'âme ; la fatigue disparaît, ainsi que la nervosité, la peur, la timidité ; on expérimente quelque chose du calme et de l'autorité même de Dieu.

Beaucoup de mes prières, comme celles, je le pense, de chaque chrétien, sont restées inécoutées, mais quasiment jamais avec l'onction. Il semble que devant Dieu, nous ayons une espèce de droit de la réclamer. Par la suite, j'ai un peu spéculé sur cette possibilité. Par exemple, si je dois parler de Jésus Christ, je fais une alliance secrète avec Dieu le Père, sans le faire savoir à Jésus et je dis : « Père, je dois parler de ton Fils Jésus que tu aimes tant : donne-moi l'onction de ton Esprit pour arriver au cœur des gens ». Si je dois parler de Dieu le Père, je fais le contraire : je parle en secret avec Jésus... La doctrine de la Trinité est merveilleuse pour cela.

5. Oints pour répandre la bonne odeur du Christ dans le monde

Dans le même contexte que la 2e lettre aux Corinthiens, l'Apôtre, en se référant toujours au ministère apostolique, développe la métaphore de l'onction avec celle du parfum qui en est l'effet ; il écrit : « Grâces soient à Dieu qui, dans le Christ, nous emmène sans cesse dans son triomphe et qui, par nous, répand en tous lieux le parfum de sa connaissance. Car nous sommes bien pour Dieu la bonne odeur du Christ » ( 2 Co 2, 14-15).

Le bon parfum du Christ dans le monde : voilà ce que devrait être le prêtre ! Mais l'apôtre nous met en garde, ajoutant tout de suite après : « Mais ce trésor, nous le portons en des vases d'argile » (2 Co 4, 7). Nous savons trop bien, après la douloureuse expérience récente, tout ce que cela signifie. Jésus disait aux apôtres : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel vient à s'affadir, avec quoi le salera-t-on ? Il n'est plus bon à rien qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens » (Mt 5, 13). La vérité de cette parole du Christ est douloureusement placée sous nos yeux. L'onguent aussi, s'il perd son odeur et s'abîme, se transforme en son contraire, en odeur pestilentielle, et au lieu d'attirer vers le Christ, il éloigne de lui. C'est aussi pour répondre à cette situation que le Saint Père a lancé l'année sacerdotale. Il le dit ouvertement dans la lettre d'indiction : « Il existe aussi malheureusement des situations, jamais assez déplorées, où l'Église elle-même souffre de l'infidélité de certains de ses ministres. Et c'est pour le monde un motif de scandale et de refus ». La lettre du pape ne s'arrête pas à cette constatation. Il ajoute en effet : « Ce qui, dans de tels cas peut être surtout profitable pour l'Église, ce n'est pas tant la pointilleuse révélation des faiblesses de ses ministres, mais plutôt une conscience renouvelée et joyeuse de la grandeur du don de Dieu, concrétisé dans les figures splendides de pasteurs généreux, de religieux brûlant d'amour pour Dieu et pour les âmes ». La révélation des faiblesses est faite elle aussi pour rendre justice aux victimes et maintenant, l'Eglise le reconnaît et la réalise du mieux qu'elle peut, mais elle est faite ailleurs et, dans tous les cas, ce n'est pas d'elle que viendra l'élan pour un renouveau du ministère sacerdotal. J'ai pensé à ce cycle de méditations sur le sacerdoce comme à une petite contribution correspondant au souhait du Saint Père. Je voudrais, à mon tour, faire parler mon Séraphique Père saint François. A une époque où la situation morale du clergé était sans commune mesure plus triste que celle d'aujourd'hui, il écrit dans son Testament : « Le Seigneur m'a donné et me donne encore, à cause de leur caractère sacerdotal, une si grande foi aux prêtres qui vivent selon la règle de la sainte Eglise romaine, que, même s'ils me persécutaient, c'est à eux malgré tout que je veux avoir recours. Si j'avais autant de sagesse que Salomon, et s'il m'arrivait de rencontrer de pauvres petits prêtres vivant dans le péché, je ne veux pas prêcher dans leurs paroisses s'ils m'en refusent l'autorisation. Eux et tous les autres, je veux les respecter, les aimer et les honorer comme mes seigneurs. Je ne veux pas considérer en eux le péché ; car c'est le Fils de Dieu que je discerne en eux, et ils sont réellement mes seigneurs. Si je fais cela, c'est parce que, du très haut Fils de Dieu, je ne vois rien de sensible en ce monde, si ce n'est son Corps et son Sang très saints, que les prêtres reçoivent et dont ils sont les seuls ministres ». Dans le texte cité au début, Paul parle de la « gloire » des ministres de la Nouvelle Alliance de l'Esprit, immensément plus élevée que l'ancienne. Cette gloire ne vient pas des hommes et ne peut être détruite par les hommes. Le Saint Curé répandait certainement autour de lui la bonne odeur du Christ et c'était pour cela que les foules accourraient à Ars ; plus proche de nous, le padre Pio de Pietrelcina répandait le parfum du Christ, parfois même un parfum concret, comme d'innombrables personnes dignes de foi l'ont attesté. Combien de prêtres, ignorés du monde, sont dans leur environnement la bonne odeur du Christ et de l'Evangile. Le ‘Curé de campagne' de Bernanos a d'innombrables compagnons de part le monde, tant en ville qu'à la campagne. Le père Lacordaire a tracé le profil du prêtre catholique, qui peut apparaître aujourd'hui comme un peu trop optimiste ou idéalisé, mais retrouver l'idéal et l'enthousiasme pour le ministère sacerdotal est justement ce qu'il nous faut en ce moment et c'est pourquoi nous le réécoutons à la fin de cette méditation :

« Vivre au cœur du monde sans aucun désir pour ses plaisirs ; être membre de chaque famille sans appartenir à aucune d'elles ; partager chaque souffrance, être mis à l'écart de chaque secret, guérir chaque blessure ; aller chaque jour, des hommes à Dieu, pour lui offrir leur dévotion et leurs prières, et revenir, de Dieu aux hommes, pour leur apporter son pardon et son espérance ; avoir un cœur d'acier pour la chasteté et un cœur de chair pour la charité ; enseigner et pardonner, consoler et bénir et être béni pour toujours. O Dieu, quelle vie est-ce que tout cela ? C'est ta vie, ô prêtre de Jésus Christ ! »10.

Texte original : italien

Par renouveau.bm
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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 22:01

L'association "Grand 8" est à l'origine d'une affiche devenue signe visible de la présence de l'Eglise à la fête des lumières à Lyon. Une image qui s'exporte hors de la capitale des Gaules.
De la France toute entière,de Belgique, du Luxembourg, et même d'Afrique la fête de l'immaculée Conception s'illumine de millions de luminions pour dire Merci  à Marie
8 Décembre, Fête de Marie, fête de la lumière !
En union avec cette initiative, nous invitons le soir du 8 Décembre tous les paroissiens , toutes les familles à illuminer leurs fenêtres de luminions, signe visible de foi!
Le groupe de prière "Marie Espérance"
Par renouveau.bm
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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 12:40

Nous publions ci-dessous le texte intégral de la première prédication de l'Avent prononcée ce vendredi matin par le P. Raniero Cantalamessa O.F.M. Cap., prédicateur de la Maison pontificale, en présence du pape Benoît XVI et de la curie romaine, dans la chapelle Redemptoris Mater, au Vatican.

Première prédication

« Serviteurs et amis de Jésus Christ »

1. A la source de tout sacerdoce

Dans le choix du thème à proposer pour ces prédications à la Maison pontificale j'essaie toujours de me laisser guider par la grâce particulière que l'Eglise est en train de vivre. L'an dernier, c'était la grâce de l'Année Saint-Paul, cette année, c'est la grâce de l'Année sacerdotale que nous vous sommes tous, Saint-Père, profondément reconnaissants d'avoir proclamée.

Le Concile Vatican II a consacré un document entier, le Presbyteroroum ordinis, au thème du sacerdoce ; en 1992, Jean-Paul II a adressé à toute l'Eglise l'exhortation post-synodale Pastores dabo vobis, sur la formation des prêtres dans les circonstances actuelles ; en convoquant cette Année sacerdotale, le Souverain Pontife actuel a tracé un bref mais intense profil du prêtre à la lumière de la vie du saint Curé d'Ars. Il y a eu d'innombrables interventions d'évêques particuliers sur ce thème, sans parler des livres écrits sur la figure et la mission du prêtre, au cours du siècle qui vient de s'achever, dont certains constituent de très grandes œuvres littéraires.

Que peut-on ajouter à tout cela dans le bref temps d'une méditation ? Je me sens encouragé par le dicton par lequel, je me souviens, un prédicateur commençait son cours d'exercices : « Non nova ut sciatis, sed vetera ut faciatis » : l'important n'est pas de connaître des choses nouvelles, mais de mettre en pratique celles que l'on connaît. Je renonce par conséquent à toute tentative de synthèse doctrinale, de présentations globales ou de profils idéaux sur le prêtre (je n'en aurais ni le temps, ni la capacité) et je tente, si possible, de faire vibrer notre cœur sacerdotal, au contact de quelque parole de Dieu.

La parole des Ecritures qui nous servira de fil conducteur est 1 Corinthiens 4, 1 dont nombre d'entre nous se souviennent dans la traduction latine de la Vulgate : « Sic nos existimet homo ut ministros Christi et dispensatores mysteriorum Dei » : « Qu'on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu ». Nous pouvons y ajouter, pour certains aspects, la définition de la Lettre aux Hébreux : « Tout grand prêtre, en effet, pris d'entre les hommes, est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu » (He 5, 1).

Ces phrases ont l'avantage de nous ramener aux racines communes de tout sacerdoce, c'est-à-dire au stade de la révélation où le ministère apostolique ne s'est pas encore diversifié, donnant lieu à trois degrés canoniques d'évêques, prêtres et diacres qui, au moins en ce qui concerne les fonctions respectives, ne deviendront clairs qu'avec saint Ignace d'Antioche, au début du IIe siècle. Cette racine commune est mise en lumière par le Catéchisme de l'Eglise catholique qui définit l'Ordre sacré comme « le sacrement grâce auquel la mission confiée par le Christ à ses Apôtres continue à être exercée dans l'Église jusqu'à la fin des temps : il est donc le sacrement du ministère apostolique » (n. 1536).

C'est à ce stade initial que nous tenterons de nous référer le plus possible dans nos méditations, afin de recueillir l'essence du ministère sacerdotal. Pendant cet Avent, nous ne prendrons en considération que la première partie de la phrase de l'Apôtre : « Serviteurs du Christ ». Si Dieu le veut, nous poursuivrons notre réflexion pendant le Carême, en méditant sur ce que signifie pour un prêtre être « administrateur des mystères de Dieu » et quels sont les mystères qu'il doit administrer.

« Serviteurs du Christ ! »

(avec le point d'exclamation, pour indiquer la grandeur, la dignité et la beauté de ce titre) : voilà la parole qui devrait toucher notre cœur dans cette méditation et le faire vibrer d'un saint orgueil. Ici, il n'est pas question des services pratiques ou ministériels, comme administrer la parole et les sacrements (de cela, comme je le disais, nous parlerons pendant le Carême) ; nous ne parlons pas, en d'autres termes, du service en tant que acte, mais du service en tant qu'état, en tant que vocation fondamentale et en tant qu'identité du prêtre, et nous en parlons dans le sens et l'esprit même de Paul qui, au début de ses lettres se présente toujours ainsi : « Paul, serviteur du Christ Jésus, apôtre par vocation ».

Sur le passeport invisible du prêtre, celui avec lequel il se présente chaque jour devant Dieu et devant son peuple, à côté de « profession », on devrait pouvoir lire : « Serviteur de Jésus Christ ». Tous les chrétiens sont naturellement serviteurs du Christ, mais le prêtre l'est à un titre et dans un sens tout particulier, de même que tous les baptisés sont prêtres, mais le ministre ordonné l'est à un titre et dans un sens différent et supérieur. 2. Continuateurs de l'œuvre du Christ

Le service essentiel que le prêtre est appelé à rendre au Christ est celui de continuer son œuvre dans le monde : « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20, 21). Dans sa célèbre Lettre aux Corinthiens, le Pape saint Clément commente : « Le Christ est envoyé par Dieu et les Apôtres par le Christ... Ceux-ci, qui prêchaient partout dans les campagnes et dans les villes, nommèrent leurs premiers successeurs, qui ont été mis à l'épreuve par l'Esprit, pour être évêques et diacres ». Le Christ est envoyé par le Père, les apôtres par le Christ, les évêques par les apôtres : ceci est la première énonciation claire du principe de la succession apostolique.

Mais cette parole de Jésus n'a pas uniquement une signification juridique et formelle. En d'autres termes, elle ne fonde pas seulement le droit des ministres ordonnés de parler en tant qu' « envoyés » du Christ ; elle indique également le motif et le contenu de ce mandat qui est le même que le mandat par lequel le Père a envoyé son Fils dans le monde. Et pourquoi Dieu a-t-il envoyé son Fils dans le monde ? Ici également nous renonçons à des réponses globales, exhaustives, pour lesquelles il faudrait lire tout l'évangile ; seulement quelques déclarations programmatiques de Jésus.

Devant Pilate, il affirme solennellement : « Je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37).

Continuer l'œuvre du Christ comporte donc, pour le prêtre, le fait de rendre témoignage à la vérité, de faire briller la lumière du vrai. Il faut seulement tenir compte de la double signification du mot vérité, aletheia, chez Jean. Cette signification oscille entre la réalité divine et la connaissance de la réalité divine, entre une signification ontologique ou objective et une signification gnoséologique ou subjective. La vérité est « la réalité éternelle telle qu'elle a été révélée aux hommes, qui se réfère aussi bien à la réalité elle-même qu'à sa révélation »1.

L'interprétation traditionnelle a compris la « vérité » surtout dans le sens de révélation et connaissance de la vérité ; en d'autres termes, comme vérité dogmatique. Ceci est certes une tâche essentielle. L'Eglise, dans son ensemble, l'accomplit à travers le magistère, des conciles, des théologiens, et le prêtre individuel qui prêche au peuple la « saine doctrine ».

Cependant, il ne faut pas oublier l'autre signification de la vérité, chez Jean : celle de réalité connue, plus que de connaissance de la réalité. A la lumière de cela, la tâche de l'Eglise et de chaque prêtre ne se limite pas à proclamer les vérités de la foi, mais doit aider à en faire l'expérience, à entrer dans une relation profonde et personnelle avec la réalité de Dieu, à travers l'Esprit Saint.

« La foi, a écrit saint Thomas d'Aquin, ne se termine pas à l'énoncé, mais à la chose » (« Fides non terminatur ad enuntiabile sed ad rem »).

De la même manière, les maîtres de la foi ne peuvent pas se contenter d'enseigner les soi-disant vérités de foi, ils doivent aider les personnes à puiser la « chose », à ne pas avoir seulement une idée de Dieu mais à faire l'expérience de Dieu, selon le sens biblique de connaître, différent, comme nous le savons, du sens grec et philosophique.

La déclaration que Jésus prononce en présence de Nicodème est une autre déclaration programmatique d'intentions : « Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3, 17). Cette phrase doit être lue à la lumière de celle qui vient juste avant : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle ». Jésus est venu révéler aux hommes la volonté salvifique et l'amour miséricordieux du Père. Toute sa prédication est résumée dans la parole qu'il adresse à ses disciples lors de la dernière Cène : « Le Père lui-même vous aime ! » (Jn 16, 27).

Etre continuateur de l'œuvre du Christ, dans le monde, signifie adopter précisément cette attitude de fond vis-à-vis des personnes, également celles qui sont le plus éloignées. Ne pas juger, mais sauver. La manière de traiter les personnes, sur laquelle la Lettre aux Hébreux insiste le plus en décrivant la figure du Christ comme Grand Prêtre, et de tout prêtre, ne devrait pas passer inaperçue : la sympathie, le sens de la solidarité, la compassion pour le peuple.

Il est dit du Christ : « Nous n'avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d'une manière semblable, à l'exception du péché ». Il est dit du prêtre humain que « pris d'entre les hommes », il « est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu, afin d'offrir dons et sacrifices pour les péchés. Il peut ressentir de la commisération pour les ignorants et les égarés, puisqu'il est lui-même également enveloppé de faiblesse, et qu'à cause d'elle, il doit offrir pour lui-même des sacrifices pour le péché, comme il le fait pour le peuple » (He 4, 15-5, 1-3).

Il est vrai que dans les évangiles, Jésus se montre aussi sévère, juge et condamne. Mais avec qui le fait-il ? Pas avec les gens simples qui le suivaient et venaient l'écouter, mais avec les hypocrites, ceux qui se suffisent à eux-mêmes, les maîtres et les guides du peuple. Jésus n'était vraiment pas, comme on le dit de certains hommes politiques : « fort avec les faibles et faible avec les forts ». Il était tout le contraire !

3. Continuateurs, pas successeurs

Mais dans quel sens pouvons-nous parler des prêtres en tant que continuateurs de l'œuvre du Christ ? Dans toute institution humaine, comme l'empire romain à l'époque, les ordres religieux et toutes les entreprises du monde, aujourd'hui, les successeurs continuent l'œuvre, mais pas la personne du fondateur. Le fondateur est parfois corrigé, dépassé et même renié. Il n'en est pas ainsi dans l'Eglise. Jésus n'a pas de successeurs parce qu'il n'est pas mort, il est vivant ; « ressuscité des morts... la mort n'exerce plus de pouvoir sur lui ».

Quelle sera alors la tâche de ses ministres ? Celle de le représenter, c'est-à-dire de le rendre présent, de donner une forme visible à sa présence invisible. C'est en cela que consiste la dimension prophétique du sacerdoce. Avant le Christ, la prophétie consistait essentiellement à annoncer un salut futur, « dans les derniers jours », après lui, elle consiste à révéler au monde la présence cachée du Christ, à crier comme Jean-Baptiste : « Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas ».

Un jour, quelques Grecs « s'avancèrent vers Philippe... et ils lui firent cette demande : 'Seigneur, nous voulons voir Jésus' » (Jn 12, 21). C'est la demande, plus ou moins explicite, qu'a dans le cœur toute personne qui s'approche aujourd'hui d'un prêtre.

Saint Grégoire de Nysse a forgé une expression célèbre, généralement appliquée à l'expérience des mystiques : « Sentiment de présence »2. Le sentiment de présence est plus que la simple foi dans la présence du Christ ; c'est avoir le sentiment vivant, la perception presque physique de sa présence de Ressuscité. Si cela est vraiment de la mystique, ça signifie que tout prêtre doit être un mystique, ou au moins un « mystagogue », celui qui introduit les personnes dans le mystère de Dieu et du Christ, comme en les tenant par la main.

La tâche du prêtre n'est pas différente, même si elle lui est subordonnée, à celle que le Saint-Père indiquait comme une priorité absolue du successeur de Pierre et de l'Eglise tout entière dans la lettre adressée aux évêques le 10 mars dernier : « À notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de s'éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s'alimenter, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d'ouvrir aux hommes l'accès à Dieu. Non pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l'amour poussé jusqu'au bout (cf. Jn 13, 1) - en Jésus Christ crucifié et ressuscité... Conduire les hommes vers Dieu, vers le Dieu qui parle dans la Bible : c'est la priorité suprême et fondamentale de l'Église et du Successeur de Pierre aujourd'hui ».

4. Serviteurs et amis

Mais nous devons maintenant faire un pas en avant dans notre réflexion. « Serviteurs de Jésus Christ ! » : ce titre ne devrait jamais se trouver seul ; il faut toujours y ajouter, au moins dans notre cœur, un autre titre : celui d'amis !

La racine commune à tous les ministères ordonnés qui se profileront par la suite, est le choix des Douze, que fit un jour Jésus ; c'est ce qui, de l'institution sacerdotale, remonte au Jésus historique. La liturgie place, il est vrai, l'institution du sacerdoce, le Jeudi saint, à cause de la parole que Jésus prononça après l'institution de l'Eucharistie : « Faites ceci en mémoire de moi ». Mais cette parole suppose aussi le choix des Douze, sans parler du fait que, prise seule, elle justifierait le rôle de sacrificateur et liturge du prêtre, mais pas celui, tout aussi fondamental, d'annonciateur de l'évangile.

Maintenant, qu'a dit Jésus à cette occasion ? Pourquoi a-t-il choisi les Douze, après avoir prié toute la nuit ? « Et il en institua Douze pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher » (Mc 3, 14-15). Etre avec Jésus et aller prêcher : être et aller, recevoir et donner : voilà en quelques mots l'essentiel de la tâche des collaborateurs du Christ.

Etre « avec » Jésus ne signifie bien sûr pas seulement une proximité physique ; il y a là, déjà, à l'état embryonnaire, toute la richesse que Paul renfermera dans la formule dense « en Christ » ou « avec le Christ ». Cela signifie partager tout de Jésus : sa vie itinérante, certes, mais aussi ses pensées, ses objectifs, son esprit. Le mot « compagnon » vient du latin médiéval et signifie celui qui a en commun (con-) le pain (panis), qui mange le même pain.

Dans ses discours d'adieu, Jésus fait un pas supplémentaire en complétant le titre de compagnons par celui d'amis : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître » (Jn 15, 15).

Il y a quelque chose de touchant dans cette déclaration d'amour de Jésus. Je me souviendrai toujours du moment où il me fut donné, à moi aussi, l'espace d'un instant, de goûter un peu de cette émotion. Lors d'une rencontre de prière, quelqu'un avait ouvert la Bible et avait lu un passage de Jean. Le mot « ami » m'a touché avec une profondeur inouïe ; il a remué quelque chose en moi, au point que pendant tout le reste de la journée je ne cessais de me répéter à moi-même, rempli d'étonnement et d'incrédulité : Il m'a appelé ami ! Jésus de Nazareth, le Seigneur, mon Dieu ! Il m'a appelé ami ! Je suis son ami ! Et j'avais l'impression qu'avec une telle certitude, on pouvait voler sur les toits de la ville et même traverser le feu.

Quand il parle de l'amour de Jésus Christ, saint Paul semble toujours « ému » : « Qui nous séparera de l'amour du Christ ? » (Rm 8, 35), « il m'a aimé et s'est livré pour moi ! » (Ga 2, 20). Nous avons tendance à nous méfier de l'émotion et même à en avoir honte. Nous ne savons pas de quelle richesse nous nous privons. Jésus « frémit en son esprit », « se troubla » et « pleura » devant la veuve de Naïn (cf. Lc 7, 13) et les sœurs de Lazare (cf. Jn 11, 33.35). Un prêtre capable de s'émouvoir quand il parle de l'amour de Dieu et de la souffrance du Christ ou quand il reçoit la confidence d'une grande souffrance, est bien plus convainquant qu'avec des raisonnements infinis. S'émouvoir ne signifie pas forcément se mettre à pleurer ; c'est quelque chose que l'on perçoit dans les yeux, dans la voix. La Bible est remplie du pathos de Dieu.

5. L'âme de tout sacerdoce

Une relation personnelle, pleine de confiance et d'amitié, avec la personne de Jésus, constitue l'âme de tout sacerdoce. En vue de l'année sacerdotale, j'ai relu le livre de Dom Chautard « L'âme de tout apostolat » qui fit tant de bien et secoua tant de consciences dans les années précédant le concile. A une époque où les « œuvres paroissiales » telles que le cinéma, les patronages, les initiatives sociales, les cercles culturels, suscitaient un grand enthousiasme, l'auteur ramenait brusquement le discours au cœur du problème, en dénonçant le danger d'un activisme vide. « Dieu, écrivait-il, veut que Jésus soit la vie des œuvres ».

Il ne réduisait pas l'importance des activités pastorales, bien au contraire, mais il affirmait que sans une vie d'union avec le Christ, celles-ci n'étaient que des « béquilles » ou, comme les définissait saint Bernard, de « maudites occupations ». Jésus dit à Pierre : « Simon, m'aimes-tu ? Pais mes brebis ». L'action pastorale de tout ministre de l'Eglise, du pape jusqu'au dernier prêtre, n'est que l'expression concrète de l'amour pour le Christ. M'aimes-tu ? Alors, pais ! L'amour pour Jésus est ce qui fait la différence entre le prêtre fonctionnaire et manager et le prêtre serviteur du Christ et dispensateur des mystères de Dieu.

Le livre de Dom Chautard aurait très bien pu avoir pour titre « L'âme de tout sacerdoce », parce que c'est du prêtre dont il est question, en pratique, dans l'ensemble de l'ouvrage, comme agent et responsable en première ligne de la pastorale de l'Eglise. A l'époque, le danger contre lequel on voulait réagir était l'« américanisme ». L'Abbé fait en effet souvent référence à la lettre de Léon XIII « Testem benevolentiae » qui avait condamné cette « hérésie ».

Aujourd'hui, cette hérésie, si l'on peut parler d'hérésie, n'est plus seulement « américaine ». C'est une menace qui constitue un piège pour le clergé de toute l'Eglise, notamment à cause de la diminution du nombre de prêtres, et qui s'appelle activisme frénétique. (Du reste, une bonne partie des requêtes qui provenaient, à l'époque, des chrétiens des Etats-Unis, et en particulier du mouvement créé par le serviteur de Dieu Isaac Hecker, fondateur des Paulist Fathers, qualifiées d' « américanisme », comme par exemple la liberté de conscience et la nécessité d'un dialogue avec le monde moderne, n'étaient pas des hérésies, mais des requêtes prophétiques que le Concile Vatican II, fera, en partie, siennes !).

Le premier pas, pour faire de Jésus l'âme de son sacerdoce, est de passer du Jésus personnage au Jésus personne. Le personnage est celui duquel on peut parler à l'envi, mais auquel et avec lequel personne ne songe à parler. On peut parler d'Alexandre le Grand, de Jules César, de Napoléon, autant qu'on le souhaite, mais si quelqu'un affirmait parler avec l'un d'eux, on l'enverrait immédiatement voir un psychiatre. La personne, en revanche, est quelqu'un avec qui et auquel on peut parler. Tant que Jésus reste un ensemble de nouvelles, de dogmes ou d'hérésies, quelqu'un que l'on place instinctivement dans le passé, un souvenir, et non une présence, c'est un personnage. Il faut se convaincre qu'il est vivant et présent, et qu'il est plus important de parler avec lui que de parler de lui.

L'une des caractéristiques les plus belles de la figure de don Camillo, de Guareschi, en tenant bien sûr compte du genre littéraire adopté, est sa manière de parler, à voix haute, avec Jésus sur la Croix, de tout ce qui se passe dans la paroisse. Si nous prenions l'habitude de le faire, de façon aussi spontanée, avec nos propres mots, combien de choses changeraient dans notre vie sacerdotale ! Nous nous rendrions compte que nous ne parlons jamais dans le vide, mais à quelqu'un qui est présent, écoute et répond, même s'il ne le fait pas à voix haute comme avec Don Camillo.

6. Mettre les « gros cailloux » à l'abri

De même qu'en Dieu toute l'œuvre extérieure de la création jaillit de sa vie intime, « du flux incessant de son amour », et de même que toute l'activité du Christ jaillit de son dialogue ininterrompu avec le Père, ainsi, toutes les œuvres du prêtre doivent être le prolongement de son union avec le Christ. « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie », signifie aussi cela : « Je suis venu dans le monde sans me séparer du Père, vous, allez dans le monde sans vous séparer de moi ».

Lorsque ce contact s'interrompt, c'est comme lorsqu'il y a une coupure de courant dans une maison. Tout s'arrête, il fait noir, ou, s'il s'agit de l'approvisionnement en eau, les robinets ne donnent plus d'eau. On entend parfois dire : Comment peut-on rester prier tranquillement quand tant de besoins réclament notre présence ? Comment peut-on ne pas courir quand la maison brûle ? C'est vrai, mais imaginons ce qui arriverait à une équipe de pompiers qui accourrait, toutes sirènes hurlantes, pour éteindre un incendie et, parvenue sur le lieu de l'incendie, réaliserait qu'elle n'a pas de citerne, et donc pas même une goutte d'eau. C'est ce qui nous arrive, quand nous courrons prêcher ou accomplir tout autre ministère, vides de prière et d'Esprit Saint.

J'ai lu quelque part une histoire qui s'applique, me semble-t-il, de façon exemplaire, aux prêtres. Un jour, un vieux professeur fut appelé à intervenir, en tant qu'expert, sur la planification la plus efficace de son temps, devant les cadres supérieurs de quelques grosses compagnies d'Amérique du Nord. Il décida de tenter une expérience. Debout, il prit, de dessous la table, un grand vase en verre, vide. Il prit également une douzaine de cailloux de la grandeur d'une balle de tennis qu'il déposa un à un, délicatement, dans le vase, jusqu'en haut. Quand in ne fut plus possible d'ajouter des cailloux, il demanda aux élèves : « Le vase vous semble-t-il plein ? » et tous répondirent : « Oui ! ».

Il se pencha à nouveau et prit, de dessous la table, une boîte remplie de gravillon qu'il versa sur les gros cailloux, en bougeant le vase pour que le gravillon puisse descendre entre les gros cailloux jusqu'au fond. « Et maintenant, le vase est-il plein ? » demanda-t-il. Devenus plus prudents, les élèves commencèrent à comprendre et répondirent : « Peut-être pas encore ». Le vieux professeur se pencha à nouveau et pris cette fois un sachet de sable qu'il versa dans le vase. Le sable remplit les espaces entre les cailloux et le gravillon. Il demanda à nouveau : « Et maintenant, il est plein ? ». Tous, sans hésiter, répondirent : « Non ! ». En effet, le professeur prit la carafe qui se trouvait sur la table et versa l'eau jusqu'au ce que le vase fut rempli.

Puis il demanda : « Quelle grande vérité nous montre cette expérience ? ».

Le plus audacieux répondit : « Cela montre que même quand notre emploi du temps est complètement rempli, avec un peu de bonne volonté, on peut toujours y ajouter un engagement supplémentaire, une autre chose à faire ». « Non », répondit le professeur. « Cette expérience montre que si l'on ne met pas d'abord les gros cailloux dans le vase, on ne réussira jamais plus à les faire entrer ». « Quels sont les gros cailloux, les priorités, dans votre vie ? L'important est de mettre ces gros cailloux d'abord dans vos emplois du temps ».

Saint Pierre a indiqué, une fois pour toutes, quels sont les gros cailloux, les priorités absolues des apôtres et de leurs successeurs, évêques et prêtres : « Quant à nous, nous resterons assidus à la prière et au service de la Parole » (Ac 6, 4).

Nous les prêtres, plus que quiconque, sommes exposés au danger de sacrifier l'important au profit de l'urgent. La prière, la préparation de l'homélie ou la préparation à la messe, l'étude et la formation, sont toutes des choses importantes, mais pas urgentes ; si on les reporte, le monde ne s'écroule pas, en apparence, alors qu'il y a une quantité de petites choses - une rencontre, un coup de téléphone, un petit travail matériel - qui sont urgentes. On finit ainsi par reporter continuellement les choses importantes à un « plus tard » qui n'arrive jamais.

Pour un prêtre, mettre d'abord les gros cailloux dans le vase peut signifier, très concrètement, commencer la journée par un temps de prière et de dialogue avec Dieu, afin que les activités et les engagements divers ne finissent pas par prendre toute la place.

Je termine par une prière de l'Abbé Chautard, qui est imprimée sur le programme de ces méditations : O Dieu, donnez à l'Eglise de nombreux apôtres, mais ravivez dans leur cœur une soif ardente d'intimité avec Vous ainsi qu'un désir d'œuvrer pour le bien du prochain. Donnez à tous une activité contemplative et une contemplation active. Ainsi soit-il !

Par renouveau.bm
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